Sunday, February 5, 2012

Megan is Missing

Megan is Missing (Michael Goi, 2011, USA)



Megan et Amy, deux adolescentes très proches l'une de l'autre, rencontrent un inconnu sur internet. Megan disparait peu de temps après, et Amy ne tarde pas à la suivre...

Les dangers d'internet sont toujours d'actualité. Heureusement qu'en Tunisie par exemple on n'en rencontre pas, mais ça nous pousse quand même à réfléchir. Toute personne sensée ne fera pas confiance à n'importe quel inconnu qu'elle rencontre sur internet ; mais qui a dit que des adolescents de 13 et de 14 ans sont des personnes sensées ? On nous le fait clairement voir dans le film. Ces jeunes sont totalement irresponsables et n'importe qui peut facilement les impressionner. Ce qu'on nous montre est peut-être même un peu exagéré. Mais à y voir de plus près, ces choses arrivent pour de vrai.

On a donc droit, pendant les deux tiers du début, à voir la vie de tous les jours d'Amy et de Megan. C'est, bien entendu, la partie la moins intéressante et la plus longue, mais elle est tout de même nécessaire pour la suite. D'une part pour nous faire connaître et nous attacher aux deux filles, et d'une autre pour nous mettre dans le bain des événements et savoir pourquoi Megan accepte de rencontrer un inconnu d'internet.

Basé sur des faits réels (plusieurs cas et non pas un seul comme on nous le dit pendant le film), Megan is Missing risque de faire une forte impression chez n'importe quel spectateur. L'horreur présente dans les 25 dernières minutes du film ne laissera personne indifférent. Et ce n'est pas à cause du gore ou de la violence, qui ne sont pas toujours visibles à l'écran, mais plutôt à cause des faits en eux-mêmes.

Après avoir vu pas mal de films d'horreur de styles différentes, celui-là a réussi me surprendre à plusieurs reprises. Le message est fort et la façon de le faire passer l'est aussi. Un film dérangeant qui mérite largement d'être vu.

8/10

Friday, January 27, 2012

Cross of the Seven Jewels

Cross of the Seven Jewels (Marco Antonio Andolfi, 1987, Italie)



Un homme venu de Rome se fait voler une croix précieuse dès son arrivée à une autre ville. Cette croix lui permet d'éviter une malédiction qui le transforme en... quelque chose qui est supposée être un monstre horrible.

Je n'ai jamais vu quelque chose d'aussi mal fait. Même si j'essayais personnellement de faire pire, ça serait impossible. Ceci devrait être le standard en matière de mauvais goût dans le cinéma. Ce film représente la mocheté incarnée, le sommet du ridicule, la limite de la médiocrité.

On m'a dit de regarder le film en italien et que ça ne serait pas grave. Je l'ai vu en italien sous-titré en espagnol, et je ne comprends ni l'un ni l'autre, juste un minimum, et j'ai quand même pu comprendre l'idée globale.

Voilà un petit résumé : notre homme débarque d'une autre ville, se fait voler sa croix le jour même et commence à se transformer chaque nuit, tuant pas mal de personnes, jusqu'à ce qu'il retrouve sa croix magique.

Mais par où commencer ? Tout est mauvais. Il n'existe aucune bonne chose ici. Et heureusement qu'il fait partie de la catégorie "so bad it's good", ça m'a permis de rire comme si je regardais une bonne comédie.

Au début on a notre homme qui débarque d'une autre ville. J'ignore la raison de sa venue, mais il semblerait qu'il ne soit là que pour se faire voler en pleine rue par une bande de voleurs légèrement attardés. Voilà comment se passe l'action : il est en train de marcher tranquillement dans la rue. Une moto avec deux personnes dessus arrive. Ils lui piquent sa croix et ralentissent pour qu'il puisse les attraper. Une autre moto surgit de nulle part pour prendre la croix de la main des deux premiers motards.

Et voilà que notre héros est dans la merde. Chaque nuit, il se transforme en un être que je ne saurais nommer. Et il faut la voir cette transformation. Dans une scène épique, elle dure plus d'une minute. Une minute où un gros plan est fixé sur le visage de notre protagoniste. Tout ce que je peux dire c'est qu'on a l'impression qu'il est constipé, et qu'il est en train de chier un bon coup qui est tellement merveilleux que des poils commencent à pousser sur son visage. Et le résultant de cette transformation est encore plus spectaculaire : il devient tout nu, il porte une perruque sur toute la tête, couvrant même son visage à l'exception des yeux et de la bouche, il porte des gants avec des griffes et des poils, et encore une bonne touffe de poils autour du pénis. Tout ceci en poussant des cris que je n'ai pas entendu depuis le temps de la SNES. Et je tiens à préciser que les cris sortent de nulle part et qu'aucune allusion n'est faite que c'est le "monstre" lui-même qui est en train de les pousser.
Ensuite il se lève comme un zombie atteint d'une déficience mentale pour attraper d'autres attardés mentaux et les balancer par ci par là.

Bien entendu, ils meurent tous, sans qu'on ne puisse comprendre comment, mais ceci n'est pas important. Plein de choses se passent sans qu'on n'en comprenne la raison. Et ceci n'a rien à voir avec la barrière de la langue.
Il y a par exemple un personnage, un prêtre de magie-noire paraît-il, qui apparaît tout au long du film pour lancer des grimaces hilarantes face à la caméra. D'ailleurs tous les acteurs, tous sans exception, sont terriblement mauvais. Et il semblerait aussi qu'ils souffrent tous d'une certaine forme de constipation, à des degrés différents, les poussant à faire toutes sortes de grimaces amusantes. Et la caméra n'en rate aucune avec des gros plan toujours bien (mal) placés.

Est-ce tout ? Non ! On a également la chance d'assister à l'une des pires scènes de sexe dans le cinéma. Une scène où on croirait que les parties génitales des acteurs se trouvent dans leurs poitrines.
La musique, qui est mauvaise bien entendu, est toujours totalement déconnectée de ce qui se passe à l'écran.
Les bruitages semblent sortir d'une vieille console de jeux.
Des scènes complètement aléatoires font iruption çà et là sans absolument aucune raison.
Et le meilleur pour la fin, les effets spéciaux ! Le Voyage dans la Lune de Georges Méliès, sorti en 1902, est une technologie avancée par rapport à ce qu'on voit là.

7/10

Saturday, October 22, 2011

Persepolis

Persepolis (Marjane Satrapi & Vincent Paronnaud, 2007, France/USA)



L'histoire de Marjane Satrapi, une femme qui a grandi pendant la révolution iranienne, et l'impact de cette révolution sur sa vie et celle de ses proches.

Je ne comptais pas le faire dans ce blog mais vu les événements qui ont eu place suite à la projection de ce film sur la chaîne de télévision tunisienne privée Nessma TV, je me trouve obligé de parler, pour une fois, un peu en dehors de l'oeuvre.

Tout d'abord les faits : Nessma TV propose le film Persepolis doublé en dialecte tunisien, quelques semaines avant le déroulement des élections de l'Assemblée Constituante tant attendues par les tunisiens depuis plusieurs mois. Les réactions commencent déjà, venant sans surprise du côté des adhérents du parti Ennahdha. Ils accusent la chaîne d'enfreindre les lois liées à ces élections et qui stipulent qu'il est interdit aux médias de faire la promotion (ou le contraire) d'un parti en particulier. Le film fait de l'écho avant même sa projection. Les partisans d'Ennahdha et autres extrêmistes en herbe ont une idée sur le contenu, mais sans plus. Ca ne leur plait pas. La chaîne ne leur plait pas déjà depuis longtemps puisqu'elle présente des choses "contraires à nos moeurs".
Bref, le film passe et les premières réactions commencent. Le parti Ennahdha rédige une lettre condamnant la chaîne pour avoir présenté le film dans le seul but de nuire au parti. Ca en dit déjà beaucoup sur les points de ressemblance entre ce qui s'est passé en Iran et ce que compte faire ce parti en Tunisie. Mais le plus sérieux reste à venir...

Il y a, dans le film, 3 scènes où le personnage principal s'imagine en train de parler avec Dieu. Or, en Islam, il est formellement interdit de représenter Dieu ou son prophète. Et il n'en a pas fallu plus pour lancer d'énormes vagues de lynchage virtuel qui se sont vite transformées en manifestations réelles où des bandes de barbus analphabètes (j'y reviens sur ce détail) conduisent des masses d'abrutis en chaleur qui veulent carrément détruire le local de Nessma TV. Les manifestations se poursuivent dans plusieurs villes jusqu'à finir par attaquer la maison du propriétaire de la chaîne. À ses dires, ils ont brûlé deux de ses voitures, cassé plusieurs fenêtres, allumé le feu, blessé des gardiens... bref, il ne manquait plus que la crucifixion pour couronner le tout.

Et tout ça pourquoi ? "Parce que Nessma TV a osé représenter Dieu" ! Il y a tellement de choses insensées dans cette réplique que je trouve difficile par où commencer. Je vais essayer tout de même.
1-Tout d'abord Nessma TV n'a pas représenté Dieu. Ils ne sont ni les producteurs ni les réalisateurs du film pour le faire. Ils se sont contentés de le faire passer en dialecte tunisien.
2-Il existe une merveilleuse invention qui a pu résoudre bon nombre de problèmes depuis son existence. Cette invention s'appelle la télécommande. Elle est très utile si l'on croit Wikipedia :
"La télécommande est un dispositif, généralement de taille réduite, servant à en manipuler un autre à distance, par câble, infrarouge ou ondes radio. Les télécommandes servent à interagir avec des jouets, des appareils audiovisuels comme une télévision ou une chaîne Hi-fi, un moteur de porte de garage ou de portail, un éclairage, l'ouverture des portières d'une voiture, des appareils de topographie, des engins de levage ou de travaux public, etc."
Ce qui nous intéresse ici est la télévision, bien entendu. Cette invention merveilleuse sert, entre autres, à carrément changer de chaîne sans avoir à se déplacer jusqu'à la télévision pour le faire ! En d'autres mots, si vous n'aimez pas ce qui se passe à la télé, vous appuyez tout simplement sur un bouton pour le faire disparaître. C'est presque magique ! Sauf que chez certains tunisiens, "télévision" veut dire "toute la famille s'asseoit pour regarder coûte que coûte toutes les stupidités qui passent".
3-Dernier point, que j'estime le plus important, les musulmans s'en foutent pas mal des autres "dieux", c'est à dire dans le sens où, qu'ils soient représentés ou pas, ça n'a aucune importance. Et dans le film qu'est ce qu'on voit ? Une gamine qui s'imagine en train de parler avec Dieu. Est-ce que c'est écrit quelque part que c'est "Allah" ? Est-ce que l'imaginaire d'une fille dans un dessin animé prétend être LA vérité absolue pour tout le monde ? Et si elle parlait seulement à son dieu à elle ? Déjà que dans le film, je ne me rappelle d'aucune référence à la croyance personnelle de la fille. En fait ces scènes montrant Dieu servent à montrer sa non-croyance plutôt que le contraire. Mais au final ça reste son imagination. Et tout le monde, étant petit, s'est déjà imaginé en train de parler avec Dieu ou tout simplement de le voir veiller sur lui. Est-ce interdit aussi ?

Je reviens sur le détail de tout à l'heure. Ce même film a déjà été projeté aux cinémas tunisiens. C'était aux Journées Cinématographiques de Carthage si je ne me trompe pas. Pourquoi est-ce qu'il n'y a rien eu de tout ce chaos dans le temps ?
-Soit parce que les barbus en chaleurs sont analphabètes, qu'ils ne comprennent pas le français et qu'ils n'ont donc pas pu comprendre le film lors de sa projection.
-Soit parce que les barbus en chaleur étaient tout simplement cachés parce qu'ils avaient peur de sortir au grand jour lors du règne de Ben Ali.
-Soit parce que les barbus en chaleur ne vont vers les salles de cinéma que pour les casser (rappelez-vous ce qui s'est passé à la salle CinémAfricArt).

Mais l'hypocrisie ne s'arrête pas là. Je connais personnellement des personnes qui adorent d'autres films qui devraient être blasphématoires, selon cette même logique, et qui condamnent fermement "ce qu'a fait Nessma TV". Des films comme The Matrix Reloaded où on voit quelqu'un vêtu de blanc et qui dit "I created the Matrix", autrement dit "j'ai créé le monde" ; comme Monty Python and The Holy Grail où Dieu parle directement aux personnages principaux afin de leur donner une mission ; comme The Devil's Advocate où Al Pacino nous sert un beau discours sur Dieu ; comme Bruce Almighty où le personnage principal s'approprie le rôle de Dieu pendant quelque temps ; des séries comme Dragon Ball Z où on voit un personnage jouant le rôle de Dieu sur terre, et j'en passe, les exemples étant nombreux... Ces films ont toujours passé sans aucun problème en Tunisie. Pourquoi est-ce qu'aujourd'hui ça devient différent ? Pourquoi condamner quelque chose lorsque ça ne nous arrange pas, et l'encourager lorsque ça nous plait ?
Si quelqu'un peut m'éclairer...

En attendant, pour revenir un peu au film en question, je le dis tout de suite, tout le monde doit le voir. Chaque tunisien qui possède un petit bout de cervelle est dans l'obligation de le voir, et surtout maintenant avant ces élections. Les ressemblances sont frappantes entre ce qui s'est passé en Iran en 1979 et ce qui se passe actuellement en Tunisie.

N'étant pas un grand fan des animations, j'aurais préféré voir un film réel avec de vrais acteurs et tout, mais je suppose que ça aurait été trop difficile à faire. Les animations n'ont rien d'extraordinaires, d'autant que c'est en noir et blanc pour quasiment tout le film, mais l'important n'est pas dans les prouesses techniques en fin de compte. Le message est clair : la dictature religieuse est infiniment cruelle. Les religieux au pouvoir donnent l'impression aux brebis qui les suivent qu'ils ont le droit divin de règner comme bon leur semble sur leur territoire. Les petits plaisirs de tous les jours comme la musique, l'alcool, les rencontres entre amoureux deviennent des interdits. Toute forme d'opposition politique n'existe plus. Les gens tentent de mener leurs vies tranquillement malgré tout ça. Parfois ils oublient même le fait qu'ils ne sont pas libres. Ils cherchent à trouver le peu de bonheur dont ils sont capables puisque la liberté est désormais un concept qui semble très lointain : organiser des petites fêtes arrosées chez certains amis, parier sur le fait qu'un fille puisse ou non enlever son voile en public...

Des choses banales qui rendent la vie insupportable ou dangereuse pour plein de personnes, dont Marjane qui est obligée d'aller s'installer en Europe. Au début elle arrive à s'y adapter, mais elle finit par se sentir égarée. De retour en Iran, elle se sent encore plus perdue, notamment avec les changements (toujours vers le pire) que connait le pays. Elle ne veut pas quitter l'Iran et ne peut plus vraiment continuer à y vivre non plus, vu sa nature. Situation assez délicate qui pourra lui causer des ennuis...

Pour finir, l'idée de passer le film en dialecte tunisien était mauvaise. D'une part parce que sans les nombreuses insultes de la version originale, on se croirait en train de regarder un dessin animé pour enfants, et d'autre part, ça nous aurait évité la plus grosse vague d'idiotie que le pays a connu...

9/10

Sunday, October 9, 2011

Naked

Naked (Mike Leigh, 1993, UK)



Après une partie de jambes en l'air qui tourne pratiquement au viol, Johnny s'enfuit vers Londres. Il passe quelque temps chez une ex-petite amie avant de commencer à errer dans les rues, sans argent, sans but précis...

La vie de Johnny résume parfaitement bien celle de la plupart des hommes en général. Le fait d'errer continuellement sans but n'est-il pas le destin ultime qu'est obligé de vivre chaque être humain ? D'ailleurs le verbe "vivre" est peut-être exagéré. Est-ce qu'il suffit de trouver un travail minable, de gagner de l'argent qui suffit à peine à payer le loyer et à manger, et de rentrer chez soi le soir pour regarder des programmes de merde à la télé, pour pouvoir oser dire qu'on est en train de "vivre" ? Et même si c'était le cas, peut-on être heureux en menant une vie pareille ? C'est en tout cas à ça que fait allusion Johnny en voyant sa vieille amie ; pas seulement elle, mais à pas mal des nombreux personnages qu'il rencontre au cours de son errance.

C'est l'un des points forts de Johnny. Il a le contact facile. Il a la faculté d'entamer des discussions existentielles avec de parfaits étrangers sans aucune difficulté, tout en gardant un côté franc et direct qui n'est pas apprécié de tout le monde. Ce qui nous donne des dialogues à la fois hilarants, grâce aux nombreux sarcasmes de Johnny, et intéressants, vu les sujets abordés.

Notre personnage principal est quelqu'un de brillant. Cultivé, intelligent et vif d'esprit, on peine à croire qu'il mène une vie pareille. C'est presque du gachis que de voir autant de potentiel éparpillé en vain. D'ailleurs ça m'a un peu fait penser au protagoniste de la nouvelle "Les Mémoires de Issam Abd El Aati" de Alaa Al Aswany : le jeune homme extrêmement intelligent, qui ne laisse aucune occasion pour apprendre s'envoler, qui a du caractère, mais qui finalement n'est pas donné la chance qu'il mérite...

Mon seul reproche c'est qu'on ne nous informe pas vraiment sur le passé de Johnny. J'aurais tellement aimé voir comment une personne pareille aurait menée sa vie par le passé. Comment est-ce qu'il en est arrivé là ? Qu'est-ce qui en a fait cette personne-là ?
Mais ceci n'est rien face à la splendeur de cette oeuvre...

9/10

Thursday, October 6, 2011

Angels of the Universe

Angels of the Universe (Friðrik Þór Friðriksson, 2000, Islande/Norvège/Suède)



Páll, amoureux de l'art sous toutes ses formes, est issu d'une famille assez modeste. Il tombe profondément amoureux de Dagný qui vient d'une famille riche. Leur relation est brutalement interrompue à cause de cette différence sociale, ce qui conduit Páll vers la folie...

Une histoire d'amour qui finit mal. Un couple heureux brisé par les obstacles de la vie réelle. Les méchants parents bourgeois qui refusent une relation qui pourrait donner une mauvaise impression sur leur fille. Et par la suite, qui sait, nos deux amoureux vont probablement trouver une solution à ce problème et vivre heureux en ayant plein d'enfants et tout. Ca se passe toujours ainsi ! Qu'est ce que ça peut être ennuyeux...

Mais heureusement, ce n'est pas du tout le cas ici. L'histoire d'amour n'est là que pour déclencher le tout. Et d'ailleurs le film ne s'y attarde pas trop. Le temps passe très rapidement sans qu'on ne s'en rende compte. On peine à croire que Páll est aussi amoureux qu'il le prétend de la fille en question, et on peut même être surpris de le voir réagir avec tant de violence avec sa famille après la rupture ; et c'est tant mieux. On n'a pas besoin d'un n-ième film mélodramatique où on passe 90 minutes à attendre de voir comment le couple va se remettre ensemble.

L'important ici c'est la phase "folie". Páll est mis dans un hôpital psychiatrique où il va vite se faire des amis comme Óli qui compose des titres pour The Bealtes qu'il envoie par télépathie, ou encore Viktor qui se prend pour Adolf Hitler.
Les dialogues prennent une autre dimension. Bien qu'on ait affaire à des "fous", c'est à se demander qui sont les vrais fous ici.

Les dialogues sont à la fois drôles, amusants et intéressants. Dans une conversation entre le Docteur qui s'occupe de l'hôpital et Páll, ce dernier lui dit que, s'il continue à parler ainsi, ils devraient bientôt changer de places.
Une autre réplique qui mérite l'attention est là où l'un des amis de Páll lui dit que'on veut que les hôpitaux psychiatriques ressemblent le plus possible à des maisons normales. Pourquoi ? Parce que les maisons normales ressemblent de plus en plus à des maisons de fous !
On se pose des questions... Qui est réellement fou dans ce monde et qui est sain d'esprit ? À partir de quel moment peut-on considérer quelqu'un comme étant un fou ? Et d'ailleurs, qu'est ce qu'être "fou" ? Ne sommes-nous pas tous fous à des degrés différents ?

En examinant de plus près le cas de Páll, on comprend que c'est vraisemblablement sa première expérience avec "la vie réelle". Avant la rupture avec Dagný, il menait une vie tranquille au milieu des choses qu'il aime : la poésie, la peinture, la musique, la famille... Il était toujours de bonne humeur, prêt à raconter des blagues n'importe quand. Et même dans l'amour il était très impliqué. Il se dévoue totalement à ses passions, et c'est ce dévouement qui va causer sa perte. Son cerveau n'arrive pas à assimiler le fait que le monde dans lequel il vit et "le monde" à proprement parler ne font pas un. Le choc est brutal. Sa place est ailleurs. Et après plusieurs sorties de l'hôpital, il finit par comprendre qu'il n'y a qu'une seule issue possible...

Angels of the Universe est une oeuvre triste, amusante et pleine de beauté. La bande originale, composée par Hilmar Örn Hilmarsson et Sigur Rós, qui donnent vraiment le meilleur d'eux-mêmes ici, est d'une splendeur inégalée. Le film est beaucoup plus vivant, plus touchant grâce à cette musique fabuleuse...

9/10

Wednesday, August 31, 2011

The Trial

The Trial (Le Procès) (Orson Welles, 1962, France/Allemagne/Italie)



Un responsable dans une banque est visité par des hommes qui lui annoncent son arrestation. Son procès commence, mais on ne l'informe pas de quoi il est coupable...

Comment une chose aussi absurde pourrait-elle avoir lieu ? Et pourquoi est-ce que Josef K. ainsi que tout son entourage acceptent ces faits comme si c'était quelque chose de d'habituel ? Qui sont ces gens qui font irruption chez lui pour s'enquérir sur chaque petit détail insignifiant de sa vie ? Quelle sorte de tribunal qui détient vraisemblablement un pouvoir immense, peut-il être aussi mal organisé, aussi corrompu ?

Des questions auxquelles on n'a pas de réponses, ou du moins pas de réponses directes. Ni dans le film, ni dans le livre. Il y a une sorte de mystère qui règne tout au long de l'histoire. Autant les personnages que K. rencontre lui donnent des informations précises sur la méthode de travail du tribunal, autant il se sent totalement perdu. Malgré tous ses efforts, et malgré tout ce qu'on raconte à propos des juges et de la possibilité de les influencer, K. ne trouve pas vraiment d'issue à son procès. Il se débat, il cherche de l'aide, il accepte et refuse ce que lui proposent les autres, il est à la fois arrogant et suspicieux, il ne sait pas comment il doit se comporter, il rencontre des gens bizarres là où il va, tout le monde a l'air d'être au courant de son procès, il est mal à l'aise, mais finalement tout ça ne sert à rien... Le procès de K. est le procès de tout homme condamné à mourir depuis sa naissance. Aucun moyen d'y échapper.

Cette adaptation est excellente. Elle n'est pas fidèle sur tous les points par rapport au récit de Kafka, Welles a même changé des choses, mais il a très bien pu capturer l'atmosphère cauchemardesque originale. Il en a en quelque sorte fait une oeuvre personnelle tout en restant fidèle à l'esprit de base. Le contraste entre certains endroits où des sensations de claustrophobie essaient de se faufiler chez le spectateur, et d'autres où c'est soit la désolation totale qui règne, soit des pièces exagérément spacieuses où on se sent facilement perdu, est merveilleusement bien transmis sur l'écran ; c'est même plus efficace à voir qu'à lire. Le résultat en tout est simplement phénoménal !

9/10

Tuesday, August 9, 2011

L'Étranger

L'Étranger (Luchino Visconti, 1967, Italie/France/Algérie)



Meursault reçoit un télégramme l'informant du décès de sa mère. Il se dirige vers l'asile de vieillards où elle résidait. Il ne ressent aucun chagrin en assistant aux funérailles. Quelque temps après il est accusé du meurtre d'un arabe où les deux histoires sont liées au procès...

Ceci est, à ma connaissance, la seule adaptation directe du fameux roman du même nom d'Albert Camus. Il fallait donc la voir. La règle générale dit qu'une adaptation peut rarement dépasser l'oeuvre originale. Le résultat peut même être une véritable catastrophe. Est-ce le cas ici ?

À la vue de la toute première scène j'allais directement m'arrêter. Ca ne commence pas par l'entrée provocante très connue du livre : "Aujourd'hui, maman est morte." On a droit à un petit extrait de ce qui arrive à la deuxième partie avant de revenir au tout début du livre. Je me suis dit que ça va certainement aller mieux par la suite.

Mon impression n'a pas trop changé à vrai dire, du moins en ce qui concerne la première partie. En terme de fidélité, cette réalisation est des plus fidèles qu'on pourrait trouver en matière de films adaptés de livres. Mais en terme d'esprit, il n'en est pratiquement rien. Il n'y a pas d'âme. C'est assez creux. Les images s'enchaînent dans le seul but de rester attaché au livre. Certains moments sont tellement précipités qu'on a l'impression que le réalisateur a voulu à tout prix les mettre pour qu'on ne l'accuse pas d'être malhonnête dans sa retranscription.

Mais heureusement que ça change graduellement vers le mieux avec la deuxième partie. Quelques unes des scènes clé, comme celle de la plage et du procès, sont excellentes, seulement si l'on met de côté la bagarre ridicule. Et par la même occasion, si on essaie d'oublier le ratage total de l'annonce de la sentence...
Même s'il manque des passages importants de ce qui se trame dans la tête du narrateur, l'image sert en quelque sorte à combler ce manque.

Conclusion ? Le film n'est pas vraiment une catastrophe, on a déjà vu pire, d'autant que le respect de l'oeuvre originale est à saluer. Mais il n'arrive pas du tout à bien retransmettre l'esprit du livre. Cet esprit si particulier qui a grandement contribué à son succès. Le Meursault du film n'a pas trop l'air d'être un "étranger". Du coup, c'est le spectateur qui va se sentir étranger face à ce qu'il est en train de voir...

5/10

Friday, June 3, 2011

Une Vie de Chat

Une Vie de Chat (Jean-Loup Felicioli & Alain Gagnol, 2010, France/Pays-Bas/Belgique/Swisse)



Dino est un chat plus occupé que ses pairs. Le jour, il vie tranquillement chez Zoé, une petite fille dont le père a récemment été tué par un voleur d'objets précieux. La nuit, il va chez un autre voleur pour l'accompagner dans ses activités.

Faire des défis, c'est bien, mais lorsqu'on a à voir un film pareil, on commence à regretter !

Je suis conscient du fait que c'est un film d'animation à ne pas prendre au sérieux, qu'il est destiné aux petits plus qu'aux grands, mais ça m'a quand même grandement fait chier. Toutes sortes de clichés possibles et imaginables dans une histoire classique de "bon contre méchant, avec l'aide d'un innocent" sont là. Aucune originalité et ce n'est même pas bien foutu.

On fait la connaissance du "gentil" voleur en premier lieu. On ne sait rien sur lui. On le voit en train de voler chaque soir, mais on ne sait pas pourquoi il fait ça. Parce que, pour un voleur, il a l'air d'être quelqu'un d'extrêmement bienveillant, et il va souffrir injustement à cause de ça. Mais si on y voit de plus près, ce personnage n'est là que pour servir notre gamine et la sauver des griffes du méchant tueur qui a tué son père.

Ce tueur est à son tour entouré de clichés. Un homme cruel et intelligent entouré d'une bande d'abrutis qui ne servent à rien d'autre qu'à se faire ridiculiser de telle ou telle façon. Ils ne lui servent à rien du tout, ils ne sont là que pour faire rire un peu le spectateur, sans plus.

La gamine m'a emmerdé elle aussi. On ne l'explique toujours pas mais elle ne parle pas, ce qui va causer plein de problèmes avec sa mère. Des problèmes pourtant très simples à résoudre. Elle va se contenter de faire des gestes et de pointer du doigt telle ou telle chose, et puis c'est tout. C'est aux autres d'essayer de deviner ce qu'elle veut dire.

Quant à l'action principale, tout est prévisible et/ou mal foutu. Je ne vais pas m'attarder sur le côté "réaliste" dans un film d'animation mais certaines choses m'ont presque poussé à m'arracher les cheveux.

Et le chat dans tout ça ? Personnellement j'aurais choisi un autre titre à la place de celui-ci. Le rôle du chat est assez secondaire tout compte fait, malgré l'aide précieuse qu'il procure à certains moments.

Bon bref, j'étais peut-être un peu dûr vu la nature du film, et il y avait tout de même des passages marrants, mais j'avoue que ce n'est pas du tout ma tasse de thé. C'est peut-être mieux de voir ces choses en famille.

2/10

Wednesday, April 13, 2011

Persona

Persona (Ingmar Bergman, 1966, Suède)



Alma, infirmière, doit s'occuper d'Elisabet Vogler, actrice qui a décidé de ne plus parler avec personne. Petit à petit, Alma se confie à Elisabet, seulement pour découvrir qu'elle est en train de s'attacher à elle d'une manière qui la touche profondément...

De l'obscurité nait la lumière. Une série d'images projetées à partir d'un vieil outil de projection et sans relation l'une avec l'autre s'ensuit. Des extraits d'un dessin animé, un film silencieux, une image d'un pénis en érection, une araignée en train de bouger, un mouton qui se fait égorger, des clous qu'on enfonce dans les mains d'un crucifié...

Et voilà que le film commence. Ces images grotesques, bizarres, gaies... en guise d'introduction, à quoi peuvent-elles servir ? On se pose déjà des questions. On s'attend à une suite tout aussi bizarre, chose qu'on finira par avoir, mais pas comme on l'aurait imaginé.

On ne tarde pas à nous présenter Elisabet, actrice au théâtre connue qui, au milieu d'une scène, s'est arrêtée de parler. Personne ne comprend ce qui se passe avec elle. Elle a l'air d'être en parfaite santé mentale et physique. Alma, l'infirmière, est chargée de s'occuper d'elle, mais elle n'est pas vraiment motivée pour le faire. Etant encore jeune et inexpérimentée, elle ne se voit pas être à la hauteur d'une tâche pareille.

Elle finit par accepter. Le traitement commence dans l'hôpital et continue chez la directrice dans une maison isolée au bord de la mer. Elisabet et Alma sont désormais seules, ce qui les rapproche un peu plus l'une de l'autre. Elisabet reste silencieuse mais commence par réagir par le biais de son corps. Alma parle de plus en plus de sa vie. Elle va même jusqu'à parler en détail d'une aventure sexuelle avec trois autres personnes qui lui a fait vivre un moment d'une intensité extrême. Un bonheur qu'elle n'a jamais vécu auparavant.

Tout va bien jusqu'au moment où Alma découvre qu'Elisabet est en train de l'observer dans son comportement. C'est là que la jeune infirmière se rend compte de son état déplorable, ce qui la met en rage face à cette personne qu'elle commençait à adorer. C'est comme si, depuis le début, les rôles étaient inversés. Ce n'est pas Elisabet qui a besoin d'aide. D'ailleurs elle est suffisamment forte, et Alma l'admet, pour s'en sortir toute seule. Elle est suffisamment forte pour choisir le silence comme moyen de réclusion face au monde et à toutes les horreurs qui existent tout autour.

Le choix du personnage d'Elisabet en tant qu'actrice de théâtre n'est certainement pas un hasard. Ca m'a fait penser à la fameuse réplique de William Shakespeare : "All the world's a stage, and all the men and women merely players". Un peu plus tard dans le film, Alma fait allusion à quelque chose dans ce même sens. Elisabet est une actrice, pas seulement au théâtre, mais dans la vie aussi ; comme tout le monde d'ailleurs. Chacun de nous joue un rôle principal dans sa vie, avec des petits rôles secondaires tout au long de notre existence pour faire face à telle ou telle situation.

Les interprétations du film sont tellement nombreuses que je préfère ne plus trop m'étaler dessus. Chacun pourrait comprendre différemment chaque élément et il n'y a pas de réponse définitive à ce que tout ceci veut dire. Mais une chose est certaine, c'est un film à voir ne serait-ce que pour la scène du monologue où Alma parle de l'enfant d'Elisabet. Les paroles à elles seules sont percutantes, que dire alors de la façon particulière de le faire !

9.5/10

Tuesday, April 12, 2011

The Invention of Lying

The Invention of Lying (Ricky Gervais & Matthew Robinson, 2009, USA)



Dans un monde où les gens ne conçoivent pas ce que veut dire "mentir" et où toute personne exprime ses vrais sentiments sans contrainte, Mark Bellison ne se sent pas à l'aise. En venant de perdre son travail et ne possédant pas d'argent, il est obligé de mentir, pour la première fois de l'histoire...

Que serait le monde si personne ne disait rien d'autre que la vérité ? Mark Bellison va chez une fille pour l'inviter à sortir avec lui. En ouvrant la porte elle lui annonce "I was just masturbating", pour avoir comme réponse "That makes me think of your vagina".
C'est en quelque sorte à ça que ça ressemble. Personne ne cache rien à personne. Les problèmes les plus profonds de chacun sont facilement exposés à n'importe quel iconnu sans que ça ne soit mal vu. L'impolitesse n'existe pas. Les serveurs dans les restaurants n'hésitent pas à draguer les filles et à insulter leurs compagnons.
Tout ceci nous conduit, naturellement, vers plein de situations marrantes.

À partir du moment où Mark "invente" le mensonge, la vie devient très facile pour lui. Les gens lui semblent désormais extrêmement stupides. Il peut les manipuler à souhait très facilement, un peu comme ce qu'on voit dans Idiocracy, et en profite pour mieux se rapprocher de sa bien aimée. Peut-il gagner son coeur de cette façon ? Ou préfère-t-il rester fidèle aux traditions du monde dans lequel il vit ? C'est en quelque sorte à ce dilemme qu'il est confronté.

À vrai dire c'est ce côté-là du film qui l'a rendu assez lassant. Mais le véritable intérêt réside dans le fait de "inventer la religion". En voulant voir sa mère partir heureuse dans l'au-delà, il lui raconte des choses sur ce qui se passe après la vie. Tout le monde le croit et demande encore plus d'informations, ce qui le pousse à parler du "Man in the sky who controls everything". Il continue d'inventer des choses sur ce qui se passe après la mort et personne ne doute de ce qu'il dit. Il leur dit qu'il y a un endroit merveilleux réservé à ceux qui ont mené une vie saine sans causer de mal aux autres, et un autre horrible qu'on pourrait éviter si on ne fait pas "trois mauvaises choses dans la vie".
Toute la planète le croit sans réfléchir un seul instant sur la possibilité de l'existence d'un monde pareil. Les seules questions qu'ils se posent concernent certains détails de la vie courante.

Puis retour aux maux que vit Mark en étant séparé de la fille qu'il aime, et donc retour à une histoire romantique à dormir debout. Heureusement que ça ne dure pas pendant toute la durée du film.

6/10