Friday, February 26, 2016

Chappie

Chappie (Neill Blomkamp, 2015, USA/Méxique)


2016, la ville de Johannesburg est infestée par le crime violent. Une entreprise a trouvé une solution en mettant en place des robots-policiers très efficaces dans la réduction du taux de criminalité. L'un de ces robots est doté d'une intelligence artificielle qui lui permet d'avoir une conscience, mais il est volé par un petit groupe de criminels.

Neill Blomkamp a commencé fort avec son premier long-métrage District 9, mais il a fait une chute avec le très décevant Elysium. Avec Chappie je me suis dit qu'il était temps de se reprendre, qu'Elysium n'était qu'une erreur involontaire. Après tout, son premier court-métrage Tetra Vaal, sur lequel est basé Chappie, était prometteur, et l'idée, si elle est bien exploitée, pourrait donner une merveille. Mais le réalisateur a choisi de prendre d'autres chemins moins ambitieux.

Le début laisse présager un retour vers un style un peu plus proche de District 9. Quelques minutes plus tard cette sensation commence à s'ébranler, et la première scène d'action commence. C'est du beau spectacle. Il y a des balles tirées partout, des choses qui explosent, et au milieu de tout ce chaos les robocops sont occupés à butter du cul de méchant. C'est jouissif même si on commence à remarquer certaines choses illogiques, mais on se dit qu'en fin de compte ça va être un film d'action où la raison et la logique n'ont pas d'importance face au plaisir de voir des explosions et du sang qui coule.

Mais au fur et à mesure qu'on avance on comprend que l'action n'est pas la priorité principale. L'idée est de montrer comment un robot "conscient" commencerait à mener sa nouvelle vie dans un monde brutal. Tout est donc bon pour le mettre dans différentes situations où on pourrait le voir apprendre à parler, s'adapter, utiliser le langage des gangsters ou encore effrayer les gens. Sauf que tout cela n'est pas assez excitant aux yeux de Blomkamp, il faut introduire des éléments démoralisants, des obstacles et des limites vraisemblement infranchissables, pour nous rattacher de force à Chappie le robot tout en pensant qu'il n'a aucune chance de s'en sortir. Et donc l'histoire avance bêtement en nous imposant à chaque fois la nouvelle étape à franchir, le prochain but, sans aucune considération pour le bon sens. Un personnage X annonce qu'il faut faire ceci ou cela et c'est ce qui se passe. Ensuite, un autre personnage Y dit que cette chose ou l'autre est très importante, et donc tout les événements du film tournent autour de ça pendant un moment, jusqu'à la prochaine étape. Et là ça reprend, peu importe si l'explication qu'on nous donne est convaincante ou pas, et généralement elle ne l'est pas. Mais il faut que le film continue d'avancer, il n'y a pas de temps à perdre à essayer d'expliquer comment telle ou telle chose pourrait se passer de cette façon, il y a d'autres méchants à montrer, et les méchants furieux qui veulent tout casser à tout prix sont nombreux.

À la fin on comprend que le film n'est qu'une longue série d'excuses pour nous montrer un combat à la Robocop, tout en jouant sur le sensationnel avec un robot plus humain que machine pour en arriver là. Sauf que là encore ce n'était pas suffisant pour Blomkamp. Il lui faut rajouter quelque chose d'encore plus touchant, quelque chose de "profond" pour appaiser le public. Après tous ces morts et toute cette destruction, il faut que le spectateur sort avec une image positive et joyeuse. Et pour cela il faut des clichés, et il vaut inventer un nouveau concept à résoudre dans la dernière partie du film. Peu importe le comment, peu importe la balle qui disparaît miraculeusement de la jambe de quelqu'un sans aucune explication, peu importe qui est mort et qui ne l'est pas ; il suffit de montrer quelques images et c'est suffisant, les maux disparaissent, et la musique va s'soccuper du reste.

Ma déception est assez énorme, quoique le film reste beau à voir avec des scènes d'action excellentes. C'est amusant aussi avec tout ce que fait un robot nouveau-né dans le monde des gangsters. Mais cette envie d'inclure le nombre le plus élevé possible de clichés (et de méchants aussi) aux dépens de l'histoire finit par le réduire à un simple film avec lequel on pourrait passer une bonne soirée et à oublier le lendemain.
Avec un film réussi et deux de suite ratés, je suis préoccupé pour le prochain Alien qui sera réalisé par Neill Blomkamp.

04/10

Tuesday, June 2, 2015

Mad Max: Fury Road

Mad Max: Fury Road (George Miller, 2015, USA/Australie)


Dans un monde post-apocalyptique où il ne reste plus que du désert, Max se trouve plongé malgré lui dans une guerre-poursuite contre une armée de motards fanatiques au service d'un tyran qui se fait appeler Immortan Joe.

Il y a souvent un risque à vouloir faire revivre une vieille série de films. On l'a appris ces dernières années par exemple avec Prometheus qui se voulait être un prequel indirect à Alien. Mais contrairement à Ridley Scott, George Miller a bien su peser les choses avec ce qu'on attend d'un film qui porte "Mad Max" dans le titre et les possibilités offertes par les moyens actuels ; mais aussi aux attentes du public. Et le résultat est... explosif !

Mad Max Fury Road porte plus que bien son nom. En effet dès les premières secondes on est directement plongé dans une autoroute de scènes d'action furieuses, ultra-rapides et sanglantes sans aucun signe de ralentissement à l'horizon. Exactement comme l'est Max dans le film on n'a pas trop le temps de se poser des questions inutiles, on doit d'abord s'apprêter à ce qui va suivre et c'est seulement après qu'on peut réfléchir un peu sur ce qui vient de se passer. Et il faut le dire, avec le rythme effréné de l'aventure on n'a pas trop de ces occasions.

George Miller a misé sur le style et l'ambiance plutÙt que sur l'histoire. Il a compris qu'il ne fallait pas trop s'approfondir sur cette dernière parce que ça le mènerait tout droit dans une impasse où il sera impossible de faire marche arrière. Il avait donc du champ libre pour mettre en oeuvre toutes sortes de fantaisies folles mais qui restent ancrées dans l'univers qu'il a créé. C'est donc avec plaisir (et sans devoir fournir trop d'explications) qu'on trouve des hordes de fanatiques bizarrement vêtus qui sont prêts à tout pour atteindre leur objectif. La mort ne les effraie pas, c'est même le contraire, elle est parfois le moteur principal qui les pousse à se sacrifier dans l'espoir de plaire à leur chef suprême et d'accéder au Valhalla. En somme, une excellente excuse pour nous montrer du spectacle : les War Boys qui partent à la chasse (ou la guerre) dans l'espoir de ne pas pouvoir en revenir, ça ne peut qu'être un régal. Et c'est donc avec plaisir qu'on voit le fameux guitariste qui vient donner du rythme à tout ce vacarme. Ca vaut le coup d'aller voir le film juste pour lui !

Il faut quand même avouer que rouler à haute vitesse comporte des risques, même pour les plus expérimentés des pilotes de course. Mais au lieu de voir notre engin perdre le contrôle et faire des roulades interminables sur le bord de la route, il s'agit juste de quelques petits dérapages qui s'avèrent être inoffensifs à la fin.

Ces petits dérapages se manifestent sous la forme de ce côté féministe qui, d'une part n'est pas du tout développé, ce qui est compréhensible et même bienvenu, mais d'une autre, il est tellement mis à l'écart que ça pousse la pensée à la direction opposée. Le groupe des femmes "modèles" est là seulement et uniquement pour être protégé, que ça soit de la part des "méchants" du film ou des "gentils". Elles ne font donc rien de spécial à part se cacher, crier et être un fardeau pour les autres. Quant au groupe des femmes "rebelles" elles ne sont là que pour se faire tuer à la place des deux personnages principaux. On est dans une guerre et il faut qu'il y ait des dégâts des deux côtés pour garder le suspens, parce que sinon les quelques blessures que reçoit Max vont finir par être lassantes. Ceci en soi n'est pas mauvais, ça rajoute beaucoup plus de possibilités d'avoir des soldats prêts à mourir des morts tout aussi spectaculaires les unes que les autres plutôt qu'à limiter ceci à un seul camp.
Et on a aussi la femme qui se distingue des autres, l'Imperator Furiosa. Elle fait plus de boulot que Max, et l'idée qui a lancé ce cataclysme vient d'elle (ah, ce n'est pas vraiment très féministe !) ; mais on la voit aussi se tromper sur quelque chose d'important où elle a dû suivre ses émotions, pour avoir ensuite la suggestion du Salut de la part d'un homme.

Mais à la fin ceci est négligeable face au reste. C'est juste inutile et ça ne rajoute rien de consistant. Heureusement qu'on n'a même pas assez de temps pour avoir toutes ces masturbations intellectuelles sur le rôle que doit occuper la femme dans un monde post-apocalyptique, où l'apocalypse en question a été causée par des hommes. On est plutôt occupé à être encore, même jusqu'au dernier quart d'heure du film, émerveillé par l'ingéniosité des attaques, l'imagination derrière les véhicules de guerre, les armes à la fois développées et archaïques... et les explosions, toujours les explosions !

Si vous êtes fan d'action directe où plein de choses se passent à la fois, à haute vitesse et sans trop de pauses pour essayer de digérer ce qui vient de se passer, ce film est pour vous. Je dirais même que c'est le meilleur film d'action sorti depuis des années, et ça va le rester pour pas mal de temps.
Si par contre vous cherchez des personnages complexes, de la logique ou autre de chose de plus sérieux, vous devriez passer votre chemin.

Merci à la salle Ciné Mad'Art d'avoir proposé le film au même moment que la sortie mondiale !

10/10

Monday, February 3, 2014

Subconscious Cruelty

Subconscious Cruelty (Karim Hussain, 2000, Canada)


Li'dée de départ est : Qu'arriverait-il si jamais l'hémisphère droit du cerveau, la partie qui contrôle les émotions, prenait le dessus sur l'hémisphère gauche, autrement dit la raison ?


Quel esprit dérangé possède Karim Hussain ! Et dire qu'il a commencé ce film en 1994, lorsqu'il n'avait que 19 ans !

Ceci est une expérience à part. C'est comme vivre un rêve mais en vrai. "Cauchemar" diront certains, vu la nature extrême des imageries auxquelles on est sujet tout au long de ce voyage. Il faut l'avouer, Karim Hussain n'hésite pas à montrer ce qu'il veut peu importe la gravité ou l'horreur des actes commis, et en détail. Et c'est là que se manifeste tout son génie. Ce n'est pas le gore très poussé qui fait de Subconscious Cruelty une oeuvre si spéciale, mais le fait de savoir que montrer telle ou telle idée ou image en particulier va inévitablement faire mal. Et encore, les idées exprimées ne reposent pas sur le sang, il n'est que le moyen pour dévoiler des pensées encore plus dérangeantes.

La structure fait davantage penser au rêve. Il n'y a pas de chemin clair, seulement des segments vaguement liés entre eux. Pas de dialogues non plus, ou alors très peu et pas au point de pouvoir les nommer ainsi. C'est soit la musique qui règne, soit la voix du narrateur, étrangement captivante d'ailleurs. Les lumières, les couleurs et l'aménagement des pièces dans lesquelles se passent les actions (ou le choix des endroits extérieurs) sont tellement bien soignés, et là encore, le réalisateur sait exactement ce qu'il faut faire pour que l'immersion soit parfaite !

J'ai vu et revu Subconscious Cruelty à plusieurs reprises et il m'est encore très difficile d'en parler. Je préfère donc m'arrêter là, des expériences de cette envergure ne se racontent pas, elles se vivent. Je tiens quand même à le dire, si ce n'était pas déjà clair : ceci n'est pas un film destiné à tout le monde. Karim Hussain ne connait pas de tabous, ni sur le fond ni sur la forme, et il faut donc se préparer à l'avance.

10/10

Sunday, December 29, 2013

The Man from Earth

The Man from Earth (Richard Schenkman, 2007, USA)


John Oldman, professeur universitaire, décide de partir vers une destination inconnue en laissant tout derrière. Il invite ses amis avant de le faire pour leur expliquer ses raisons : c'est un homme qui ne vieillit pas et qui a 14 000 ans d'existence.

Le concept de l'immortalité pour l'être humain a toujours été une source d'inspiration inépuisable. Les mythes et légendes sur des hommes qui ne vieillissent pas existent partout. Chaque peuple a sa propre version des choses, celle des vampires étant probablement la plus connue. Et comme c'est souvent le cas avec les vampires, ces êtres immortels ont souvent des pouvoirs surnaturels ou inhumains. Ils sont également mal vus, en général, puisqu'ils ne peuvent pas cohabiter avec les humains normaux sans leur causer des dégâts, qu'ils soient directs ou collatéraux. D'un autre point de vue, c'est comme si on s'opposait à Dieu et à sa volonté en étant immortel. Après tout, si un homme a la possibilité d'assister en temps réel à la création de toutes les religions majeures du monde, il est tout à fait normal d'y voir un ennemi de la religion. En gros il serait le seul témoin direct sur cet énorme mensonge qu'est la religion ou Dieu, tel décrit dans ces religions répandues partout.
Mais qu'en est-il si un homme qui ne vieillit pas n'a ni super pouvoirs, ni intention de nuire aux autres, et qui ne chercherait qu'à mener sa vie en paix pour encore des milliers d'années ?

L'enjeu est énorme mais c'est une réussite. The Man From Earth nous offre la chance de vivre, pendant un temps déterminé, une sorte de vérité parallèle. Que se passerait-il si un jour l'un de nous est confronté à une situation pareille ? Il va certainement poser des questions, tout d'abord sur l'histoire et l'état du monde à l'époque, puis sur le mode de vie de John, sur son histoire à lui, sur ce qu'il a vu de ses propres yeux, ou tout simplement sur des petits détails insignifiants, mais pour lesquels John a toujours une réponse toute prête. En essayant de convaincre ses amis par son histoire, et seulement à travers ses paroles, John se trouve face à un obstacle majeur : la foi, et pas seulement religieuse. Si quelqu'un est convaincu jusqu'au fin fond de son être de quelque chose, il lui est impossible de cesser d'y croire en un seul coup. Sa réaction peut même être violente. Il pourra carrément refuser la simple écoute. Les normes disent que ce qui s'entend, peu importe la solidité de la logique derrière ou l'absence de mauvais arguments, est faux tant qu'il ne s'accorde pas avec ce qui nous sied. Que dire alors s'il s'agit de donner l'explication derrière l'origine des religions, le christianisme étant directement pointé du doigt !

Mais peut-être que John Oldman est seulement en train de mentir ? Peut-être que c'est juste un homme très intelligent qui sait comment ficeler un mensonge parfait en peu de temps ?
Peu importe à vrai dire. Parfois on ne demande qu'à croire, ne serait-ce que momentanément, que telle ou telle chose bizarre soit vraie. Alors si c'est présenté d'une façon simple et réaliste, qu'il n'y a ni excès ni manque et qu'on apprend des choses nouvelles, c'est que nous ne demandons rien de plus !

9/10

Tuesday, December 17, 2013

Bastardo

Bastardo (Nejib Belkadhi, 2013, Tunisie/France)


Mohsen, alias Bastardo, est renvoyé de son travail, chose qui complique davantage sa vie dans un quartier où tout le monde le regarde de haut. Mais l'installation d'un relais GSM sur son toit va tout changer.

Beaucoup de films tunisiens utilisent les métaphores à tort et à travers et ce, tout en essayant de parler de "problèmes de la société tunisienne". On en arrive au point à se demander si cette société dont ils parlent ne se situerait pas sur une autre planète, d'autant que les raisons qui poussent les "film-makers" à se ruer sur ces problématiques demeurent un mystère.
On a soit ce type, soit les comédies légères à en perdre la raison.
C'est très réducteur, et je ne prétends pas posséder un savoir énorme sur le cinéma tunisien, mais ce sont justement ces films pourris qui me découragent à en découvrir plus.
Mais il arrive, de temps en temps, qu'un film sorte du lot et sans pour autant être exceptionnel. Bastardo est en ce sens un bâtard du cinéma tunisien. Un style assez particulier qui frôle le surréalisme tout en gardant les pieds solidement ancrés sur terre.

J'avoue que je m'attendais à quelque chose de différent et même de mieux, mais j'étais surpris, en même temps, par l'univers créé par Nejib Belkadhi, ce côté légèrement en dehors du naturel tout en restant loin des prétentions fallacieuses d'un Dowaha, juste en tant qu'exemple. Ca fait quand même un bon bout de temps qu'on entend parler de Bastardo et personnellement je pensais qu'il allait prendre un chemin différent, plus direct et plus violent.

Le film tourne autour du crime mais il ne s'agit que de la forme, le fond étant axé sur d'autres notions qui laissent le terrain libre pour le crime, la violence et la pauvreté de fleurir. C'est à la fois la force et la faiblesse de Bastardo. Dans cet univers où la police n'existe pas, où une fille attire d'une façon répugnante la vie envers elle, les allégories constituent l'essence même de l'oeuvre.
Mais si on veut nous faire entrer dans un monde nouveau, il faut d'abord nous montrer la voie. Les éléments qui constituent ce monde sont généralement bien dressés mais on sent toujours un vide, un détail qui manque. Pourquoi X se comporte-t-il avec Y de cette façon ? Non, les mini-flashbacks assez présents ne sont pas suffisants, d'autant qu'ils ne sont pas vraiment efficaces.
On nous parle du changement de l'état du quartier à plusieurs reprises mais sans pour autant nous montrer réellement ce changement. De même pour les personnages qui donnent l'impression de subir des transformations importantes sans qu'on ne puisse associer correctement la cause à la conséquence.

Il faut tout de même reconnaître que malgré sa courte durée et le manque visible de temps consacré au personnages, l'expérience est plutôt plaisante et l'immersion agréable. L'esthétique bien soignée joue un rôle important à dépeindre l'ascension au pouvoir d'un bâtard détesté par tous. Et même si les caricatures sont parfois exagérées plus qu'il ne le faut, Bastardo arrive à nous redonner l'espoir, à nous faire comprendre qu'il est tout à fait possible d'expérimenter sans pour autant que cela ne vire à la masturbation gratuite.

7.5/10

Thursday, November 21, 2013

World War Z

World War Z (Marc Forster, 2013, USA/Malte)


La terre entière est brutalement affectée par une pandémie de zombies. Face à la propagation ultra-rapide du virus, Gerry Lane, ancien membre des Nations Unies, est appelé par les militaires en vue de trouver un antidote.

Un seul homme pour sauver la terre d'une attaque de milliards de zombies, cela ressemblerait plutôt à un scénario de super-héro qui aurait pour mission de délivrer notre planète d'un mal qui risque d'éradiquer l'humanité toute entière.
La question qui se pose est : peut-on appliquer le concept du Hero's Journey à un film de zombies "réaliste" ?
La réponse est évidente mais ça serait plus intéressant de voir comment cette notion influe sur un film qui se veut terre à terre, ou devrais-je plutôt dire comment, dans ce cas précis, elle se met en opposition par rapport aux principes de base d'une production de ce style.

L'un des éléments les plus récurrents dans les films d'horreur en général, et dans les films de zombies en particulier, est un endroit avec un espace et des issues limités. C'est d'autant mieux si ces endroits sont sombres, sales, délabrés, de façon à provoquer des sensations de claustrophobie chez le spectateur. Gerry Lane, pour notre plus grand bonheur, passe par des endroits pareils ; mais il se trouve que cela ne constitue qu'une toute petite partie du film. Pour le reste ça se passe en plein air où les possibilités d'être attrapé par un groupe de mort-vivants sont radicalement réduites. Du coup c'est un autre élément important qui délaisse sa place au profit d'une voie plus orientée vers l'action : l'effet surprise de frayeur est assez absent, ou alors pas toujours convaincant. Après un certain temps on s'habitue à la situation et, vu les nombreuses fois où notre protagoniste échappe à la mort à la dernière seconde, on ne se soucie plus vraiment de son état ; ce qui n'est pas grave en soi mais vu l'absence d'attachement aux personnages secondaires et la facilité avec laquelle ils peuvent disparaître, cela devient une erreur monumentale.

Ce qui nous mène vers l'élément suivant : les personnages secondaires. Dans World War Z on a l'impression que tous ceux que Gerry rencontre ne sont là que pour des buts bien précis : soit mourir (souvent bêtement), soit l'aider à dépasser telle ou telle épreuve. ET il n'y a vraiment que ces deux types. Bien entendu, ces personnes ne sont pas supposées nous faire pleurer en les voyant mourir, mais en même temps elles ne devraient pas disparaître aussi légèrement non plus. Tant que notre figure principale va bien tout le reste est facultatif, aucun suspens réel, aucune importance ne leur est accordée et du coup, aucune sensation d'effroi authentique.

En recollant ces éléments ensemble on se trouve obligatoirement dans la case suivante : l'histoire. Au-delà des allégories usuelles de l'Amérique qui se dévore de l'intérieur, des peurs et autres obstacles que représentent les zombies dans la vie d'un individu etc., on peut désormais se contenter de quelque chose de solide, sans plus. World War Z aspire à plus qu'une simple histoire d'apocalypse où aucun espoir n'existe et les idées originales ne manquent pas, ce qui apporte quand même une certaine fraîcheur à un genre où il est assez difficile de trouver de nouveaux horizons à explorer.
C'est bien d'être ambitieux, encore faut-il savoir mettre en pratique cette ambition. Les fondations mêmes sont mal faites et c'est toute la réalisation qui en souffre ; et il ne s'agit même pas de la monotonie des clichés inefficaces mais plutôt de la débilité dans la façon d'aborder le dénouement, entre autres. D'ailleurs peut-on l'appeler "dénouement" en ayant la conscience tranquille ? Cette publicité gratuite totalement déplacée est carrément une insulte, d'autant que ce qui s'en suit ne tient pas debout.

Qu'est ce qui reste alors ? Mais bien sûr, et oui c'est un élément très important : le gore ! Qu'est ce qu'un film de zombies sans des murs peints de sang, des entrailles éparpillées partout, des têtes qui explosent à coups de marteaux ? C'est un peu comme garder sa chasteté jusqu'au mariage : c'est moche, ça n'a aucun goût et surtout, c'est stupidement inutile ; c'est à peu près ce qu'on ressent à la fin de World War Z. La violence liée aux zombies procure un plaisir très particulier, assister à des scènes où des hommes se dévorent littéralement entre eux, ou encore les voir se soumettre aux pires formes de violence possibles est un régal qui n'a pas d'égal ! Pourquoi nous en priver alors ? Je ne vois qu'une seule réponse possible : présenter une forme de divertissement de basse qualité tout en donnant la chance aux plus jeunes d'en profiter.

Mais dans ce cas, si pratiquement rien de ce qui peut faire un bon film de zombies n'est présent, est-ce que World War Z a un quelconque mérite ?
Les vingt premières minutes sont excellentes. La tension monte lentement dans l'arrière plan et puis tout éclate sans aucun préavis ! On est plongé de force dans la panique générale dans une grande ville américaine au début d'une attaque de zombies, et il faut l'avouer c'est vraiment réussi ! Et c'est cette attaque de grande envergure qui donne au film un aspect assez spécial. Les scènes où des centaines, voire des milliers de zombies sur-excités sont en train de tout anéantir sur leur passage ne manquent pas, nous montrant par la même occasion des comportements qu'on observe rarement chez ces mort-vivants. De même pour les vivants qui essaient tant bien que mal de rester en vie, de s'organiser et de chercher une solution à cette catastrophe sans précédent. Les militaires sont bien structurés, contrairement à ce qu'on voit d'habitue où ils ne sont que des bandes très limitées et dont les objectifs dans la vie ne se résument plus qu'à concurrencer les zombies dans leur domaine.

Malheureusement même les points forts de World War Z ont des lacunes, et on finit par en avoir ras le bol à la longue. Le film vise loin mais c'est dans la mauvaise direction qu'il pointe son viseur. C'est vraiment désolant de voir, encore une fois, un film au potentiel énorme gâché pour rien.

3/10

Friday, November 15, 2013

Prometheus

Prometheus (Ridley Scott, 2012, USA/UK)


On est en 2093, une équipe d'explorateurs découvre un indice important sur les origines de l'être humain. Ils partent dans l'espace en vue d'en savoir plus.

Habituellement, les films de science-fiction ont un ou plusieurs buts : nous donner un aperçu, souvent pessimiste, sur le futur ; nous emmener carrément dans le futur ; donner des explications sur l'origine de la vie ; se concentrer sur une découverte scientifique en particulier et nous montrer son impact sur l'humanité etc., et, généralement, la qualité du film repose essentiellement sur le degré d'atteinte de ces buts. La manière de le faire peut être soit mise en avant à travers des effets spéciaux réussis par exemple, soit mis en arrière pour laisser la place à l'intrigue. Dans tous les cas, il faut que cela soit convaincant.

C'est à partir de là qu'on peut commencer à cerner les problèmes de Prometheus : la trame a un potentiel énorme qui est gâché par des petits détails qui, faute d'être nombreux, vont finalement détruire le film. Il y a tellement de "plot holes" qu'on a l'impression d'assister à une production pour enfants où n'importe quelle raison peut justifier des actes totalement insensés.

La première partie du film, juste avant l'arrivée à la planète-destination, en souffre moins que la suite. L'avancement dans le scénario est plutôt alléchant en éveillant subtilement la curiosité des spectateurs. Après tout, qui ne voudrait pas avoir même la toute petite idée sur l'origine de l'espèce humaine ? Et pourtant certains membres de l'équipage restent de marbre devant une découverte de cette envergure. Il y en a même qui se montrent agressifs face à une révélation qui vient tout bouleverser dans leur vie.

Plus le vaisseau approche plus la tension monte. Le comportement totalement stupide et irrationnel des explorateurs commence à se manifester assez tôt. On pourrait l'ignorer ou faire semblant de ne pas s'en apercevoir mais lorsque ce sont ces mêmes erreurs qui conduisent carrément la trame, ça devient insupportable. Voilà un exemple : des astronautes dans une planète totalement inconnue entrent dans son atmosphère. L'air qui s'y trouve est toxique, mais à l'intérieur d'une sorte de cave, il est totalement respirable. Que font-ils ? Ils enlèvent leurs casques sans se soucier de l'existence potentielle de virus ou de je ne sais quoi qui serait totalement étranger à ce qui se trouve sur terre. Mais là ce n'est vraiment rien, c'est le genre de détail qu'on peut facilement ignorer. Par contre, lorsque ces mêmes explorateurs trouvent des matières ou des créatures bizarres, et qu'ils décident de jouer avec sans faire attention, on ne peut plus fermer l'oeil face à ça. Le pire c'est que ces choses se répètent et s'aggravent et, comme je l'ai déjà dit, constituent le moteur du film.

D'autre part, il y a cette envie incessante à essayer de compliquer les choses pour rien. Dans quel but veulent-ils instaurer ce sens de "mystère" totalement inutile, au bord du vaisseau ? Forcer l'implication du public ? Lui dire que X est un gentil, que Y est un méchant et qu'il faut se mettre du côté du gentil ? Est-ce qu'on a vraiment besoin de ceci ? Ils auraient pu laisser un peu de place aux spectateurs pour réfléchir par eux mêmes, quoique le sujet de la réflexion n'aurait pas dû exister en premier lieu. La menace qui vient de l'extérieur est beaucoup plus intéressante à suivre que de voir un homme portant un masque pour donner un semblant de vieillesse et qui se cache pour une raison futile.

Le film n'est tout de même pas mauvais sur tous les points, bien au contraire même. Les possibilités sont vastes et c'est malheureux de les voir ruinées de cette façon à cause de la mauvaise écriture du scénario. Les paysages sont magnifiques et les scènes qui se passent à l'extérieur sont envoûtantes, alors que les scènes tournées dans les caves sont engouffrantes. Ces couloirs sombres et étroits dans un environnement pas très accueillant arriveraient presque à nous étouffer. Même si l'air est respirable pour les personnages du film, il l'est beaucoup moins pour nous qui avons une meilleure vision globale de l'histoires. De plus, le robot David apporte une approche très intéressante au concept de l'intelligence artificielle, et c'est de loin la figure la plus captivante à suivre et à (essayer de) comprendre.

Prometheus aurait facilement pu être l'Alien de cette génération. Un peu d'attention à l'écriture et ça aurait fait un véritable chef-d'oeuvre ! Mais malheureusement, et contrairement à certains classiques du genre qui sont infaillibles vis-à-vis de ces détails, on se contente d'un film de science-fiction/horreur hautement divertissant, certes, mais facile à oublier.

5/10

Sunday, November 10, 2013

Wled Ammar

Wled Ammar (Génération Maudite) (Nasreddine Ben Maati, 2013, Tunisie)


Un documentaire qui relate les faits de ce qu'on appelle "la révolution tunisienne" du point de vue des cyber-activistes qui ont pris part à ces événements.

Le 17 décembre 2010 était une journée inoubliable pour la Tunisie. Ce fut le début des énormes vagues de protestation qui ont touché toutes les parties du pays et qui ont fini, directement ou indirectement, par obliger Zine El Abidine Ben Ali à quitter le pays. Ce documentaire relate les faits qui ont conduit à ce résultat, remontant jusqu'à la naissance de la cyber-dissidence avec Zouhair Yahyaoui, et allant jusqu'à nous montrer la résultante de tous ces événements.

À lire ceci on pourrait penser qu'il s'agit tout simplement d'un film de plus sur la "révolution tunisienne", mais Wled Ammar est bien plus que cela. On parle souvent du "rôle des jeunes dans la révolution tunisienne", mais concrètement, ce sont les vieux de 60, 70 et même 80 ans et plus qui se livrent des batailles sans merci sur le pouvoir. Ces mêmes vieux qui sont les responsables directs de l'état actuel et passé du pays sont toujours là à insister à nous enfoncer encore plus, à vouloir anéantir toute source d'espoir pour voir un vrai changement prendre place. Mais heureusement, ce documentaire nous montre qu'une autre voie est possible. La "vieille génération" qui n'avait pas confiance en sa jeunesse a pris une bonne gifle. En sortant protester contre la police armée, en postant des articles qui défient la censure sur internet, le message était clair : on en a marre de votre passivité, de votre peur, maintenant il faut agir, et ça sera sans vous, les vieux !

C'est à travers l'humour et la bonne humeur qu'on a la chance de revivre ces événements historiques. Et même si la situation actuelle du pays est désespérante, et c'est le prix à payer si nous ne voulons pas faire marche arrière, Wled Ammar nous transporte en arrière pour nous rappeler qu'un renouvellement est toujours possible. Nous avons l'opportunité de faire un voyage dans le temps, un temps où on revait encore d'une vraie révolution ; ce qui pourrait être une nouvelle source d'inspiration ou de motivation pour exiger plus et ne pas baisser les bras. Un changement radical est nécessaire et ce ne sont pas des élections qui vont rélger les problèmes du pays.

Ce fut un énorme plaisir de revoir toutes ces images et vidéos qui ont bouleversé l'espace virtuel tunisien pendant l'année 2010. J'ai également eu un sentiment de nostalgie en voyant ma tête sur la photo de l'opération T-Shirts Blancs du 22 mai. Il y avait beaucoup de détracteurs à l'époque qui ne faisaient même pas de la critique mais tout simplement du dénigrement gratuit ; je ne demande qu'à voir leurs têtes maintenant que les actions jugées futiles dans le temps ont fini par porter leurs fruits.

Wled Ammar reste à l'affiche jusqu'au 20 novembre prochain. Allez-y, nous ne serez pas déçus !

9/10

Saturday, November 2, 2013

The Hunt

The Hunt (Thomas Vinterberg, 2012, Danemark)


Lucas, enseignant dans un jardin d'enfants, voit sa vie bousculer lorsque l'une des enfants dont il est chargé décide d'émettre un mensonge.

C'est un accomplissement très difficile à réaliser que de peindre un concept comme la morale. Ou plutôt devrais-je dire comment remettre en question certaines valeurs pré-établies, et ce à travers un exemple concret et tout à fait réaliste. Aucun symbolisme à interpréter, pas d'expérimentation à se tordre le cou en essayant de suivre son chemin, on a ici une expérience brute, dure et extrêmement difficile à avaler.

Certaines tendances ou traditions sont souvent des lois non-écrites mais que tout le monde respecte à la lettre. Il y en a qui les respectent peut-être même plus qu'ils ne respectent leurs dieux. Ce sont carrément des tabous chez les peuples les plus "civilisés" au monde. L'innocence d'un enfant, par exemple. Même si l'éducation diffère de région en région, une limite est toujours marquée d'avance. Il y a des sujets sur lesquels un enfant ne peut pas mentir. Il lui est impossible de concevoir dans sa tête que telle chose puisse exister. Connaître ces choses peut avoir des effets dévastateurs sur l'enfant et sur son avenir. Faire voir à un esprit une chose qui le dépasse, face à laquelle il n'est pas encore prêt, cela peut le traumatiser à vie.

Mais assez parlé de choses évidentes. Ce que nous propose The Hunt est une vision très négative de l'être humain. L'enfant a besoin d'éducation et d'instruction parce que sinon il fera des dégâts. Si on le laisse faire à sa guise il détruira tout, y compris lui-même. Il faut donc le former, le guider, et c'est en adoptant cet apprentissage qu'il pourra commencer à parcourir le chemin de l'intégration avec la société. Plus la voie est obstruée, plus son intégration sera difficile. Il faut donc qu'elle soit bien tracée pour éviter toute chance de déviation. Et c'est ce qui arrive avec Klara, la petite fille qui a tout détruit dans la vie de son enseignant Lucas, par son "innocence". Elle reçoit ce qui doit être l'une des meilleures éducations dans le monde dans un environnement favorable, mais de simples querelles entre ses parents, aussi usuelles peuvent-elles paraître, sont suffisantes à la pousser à agir de manière totalement... insensée ? Mais qu'est ce qui est censé être "sensé" au juste dans le comportement d'un petit enfant ?

Klara a eu un certain choc qui l'a poussée à mentir. Quoi de plus normal que de voir un enfant mentir ? Mais le degré de mensonge chez l'enfant a des limites. Il y a des choses qu'il ne peut pas décrire. C'est tout son entourage, y compris ses parents, qui en est conscient. C'est une vérité générale. On en arrive même à la pousser à appliquer cette vérité peu importe sa véracité. Et ils font ça en "bonne foi". Ils la poussent carrément vers une direction dangereuse tant que cela ne sort pas des normes. On croirait presque qu'ils souhaitent l'authenticité de la chose, que les parents veulent vraiment voir leur fille subir une épreuve dévastatrice plutôt que de la voir mentir.

Des actes comme ceux décrits dans le film arrivent partout, mais il faut se demander pourquoi. Est-ce parce que c'est carrément devenu la norme qu'il faut toujours quelqu'un pour les suivre ? Et en cas de doute, faut-il éliminer ce doute en se basant sur ce qui se fait d'habitude ? Et si jamais on se trompait ? La foi défie toute logique, peu importe les conséquences. Le monde d'un individu, et le monde tout court, est détruit par "innocence" et en toute "bonne foi". L'insouciance de l'enfant face à cette destruction est alarmante. Et même quand c'est Klara elle-même qui avoue avoir menti, on préfère la faire taire et lui inculquer une nouvelle vérité qui arrange tout le monde.

La force du film réside dans le fait de montrer tout ceci, et encore plus, d'une façon très simple. À travers des dialogues totalement réels et des situations faciles à croire, l'impression de voir un film s'envole sans qu'on ne s'en aperçoive. Il s'agit maintenant de suivre le déroulement d'une histoire et la caméra n'est là que pour nous montrer l'essentiel. Ce qu'on voit à l'écran peut arriver à n'importe qui, n'importe où dans le monde. C'est la norme qui dicte ces événements et qui pousse même les adultes à forcer l'enfant à admettre des choses dont elle ignore l'existence.
Exercer le mal sans en être conscient, sans donner la chance à la vérité d'éclater, c'est peut-être la pire forme de "mal" qui puisse exister. Et notre monde est bâti sur ça.

10/10

Wednesday, October 16, 2013

After the Battle

After the Battle (Yousry Nasrallah, 2012, Egypte/France)


Mahmoud a fait partie des cavaliers qui ont envahi la Place Tahrir en Egypte le 2 février 2011. Il fait également partie de ceux qui n'ont pas pu mener à bien leur mission. Le voilà donc humilié dans son quartier où il fait la connaissance de Reem, une jeune femme d'un niveau social différent, séparée de son mari et pleine d'idées utopiques. Les répercussions de cette rencontre vont être assez bouleversantes.

Mettez de côté vos préjugés sur "le printemps arabe", ça serait totalement inutile, et ça pourrait carrément mettre un obstacle énorme dès le début. Après la Bataille nous propose des personnages qui possèdent leurs propres préjugés. C'est ensuite au spectateur de juger si ces figures fictives représentent bien la réalité. Le film n'est pas là pour nous donner des réponses, nous guider vers la bonne voie ou encore nous inculquer les valeurs révolutionnaires "idéales". Il se contente de nous montrer un certain point de vue très souvent délaissé par les médias.

Par exemple, les raisons qui ont poussé ces cavaliers à agir de la sorte. Rien à voir avec la stupidité, l'inconscience ou la méchanceté. Ce sont des personnes qui vivent grâce à leurs chevaux, leur seule source de revenus pour eux et leurs familles, et ils veulent que les choses restent ainsi. Il y a pourtant certains événements qui viennent à l'encontre de ce train de vie simple, aussi "petit" semble-t-il, et c'est dans l'une des scènes les plus poignantes du film qu'on apprend ceci.

De son côté, la jeune femme séparée de son mari et qui cherche le divorce, Reem, est pleine de rêves utopistes difficiles à réaliser. Sa séparation et l'environnement dans lequel elle vit la poussent à chercher à nouer un contact avec Mahmoud, le cavalier constamment humilié à cause de son échec ce fameux 2 février 2011. Mais petit à petit, on comprend qu'il s'agit plus d'une rencontre entre une femme qui mène une vie aisée et un homme qui peine à trouver comment loger sa famille. Il s'agit de la rencontre de deux mondes très différents mais qui vont en lignes parallèles, et chacun de ces mondes ignore tout de l'autre.

Le portrait, caricatural à la limite, de ces deux personnes n'est en fait pas dû au hasard. Les "révolutionnaires" portent des slogans, manifestent et s'agitent à droite et à gauche dans le but de faire changer les choses. De leur côté, ceux qui vivent à l'écart de ces appels au changement ne s'en soucient pas. La seule chose qui leur importe c'est de continuer à exercer leurs métiers, et même s'il y a une chance d'effectuer un changement, il existe des contraintes très difficiles à dépasser qui les en empêchent. Il faut faire des sacrifices, et ces sacrifices doivent venir des deux côtés, chose pas du tout évidente à faire.

Après la Bataille traite de beaucoup de sujets à la fois. Des sujets très compliqués toujours liés à d'autres qui le sont encore plus ; mais il faut l'avouer, il sait comment manier les choses. Même si on a parfois l'impression que les événements sont bâclés, le film prend tout le temps nécessaire pour développer d'autres idées, et c'est justement là le problème. Ca aurait été mieux de se focaliser sur l'essentiel plutôt que d'essayer de développer telle ou telle voie qui n'apporte pas grand chose à l'intrigue dans son ensemble.
Il faut tout de même reconnaître la qualité des dialogues qui n'ont rien de ridicule comme on en a l'habitude avec les films égyptiens ; d'autant que les scènes d'action filmées dans des manifestations sont excellentes !

Certains diront que c'est trop tôt pour sortir un film centré sur la révolution en Egypte alors que le processus ne fait que commencer. Mais vu la tournure que prend cette "révolution", en Egypte ou ailleurs, il est plus que temps de le faire. Plutôt que d'attendre sagement, les bras croisés, l'aboutissement de cette "révolution", il faut agir, peu importe le moyen. Ca serait déjà mieux que d'assister à une déformation complète des événements, et de voir, comme d'habitude, les "vainqueurs" écrire leur propre version des faits.

8/10