Wednesday, October 16, 2013

After the Battle

After the Battle (Yousry Nasrallah, 2012, Egypte/France)


Mahmoud a fait partie des cavaliers qui ont envahi la Place Tahrir en Egypte le 2 février 2011. Il fait également partie de ceux qui n'ont pas pu mener à bien leur mission. Le voilà donc humilié dans son quartier où il fait la connaissance de Reem, une jeune femme d'un niveau social différent, séparée de son mari et pleine d'idées utopiques. Les répercussions de cette rencontre vont être assez bouleversantes.

Mettez de côté vos préjugés sur "le printemps arabe", ça serait totalement inutile, et ça pourrait carrément mettre un obstacle énorme dès le début. Après la Bataille nous propose des personnages qui possèdent leurs propres préjugés. C'est ensuite au spectateur de juger si ces figures fictives représentent bien la réalité. Le film n'est pas là pour nous donner des réponses, nous guider vers la bonne voie ou encore nous inculquer les valeurs révolutionnaires "idéales". Il se contente de nous montrer un certain point de vue très souvent délaissé par les médias.

Par exemple, les raisons qui ont poussé ces cavaliers à agir de la sorte. Rien à voir avec la stupidité, l'inconscience ou la méchanceté. Ce sont des personnes qui vivent grâce à leurs chevaux, leur seule source de revenus pour eux et leurs familles, et ils veulent que les choses restent ainsi. Il y a pourtant certains événements qui viennent à l'encontre de ce train de vie simple, aussi "petit" semble-t-il, et c'est dans l'une des scènes les plus poignantes du film qu'on apprend ceci.

De son côté, la jeune femme séparée de son mari et qui cherche le divorce, Reem, est pleine de rêves utopistes difficiles à réaliser. Sa séparation et l'environnement dans lequel elle vit la poussent à chercher à nouer un contact avec Mahmoud, le cavalier constamment humilié à cause de son échec ce fameux 2 février 2011. Mais petit à petit, on comprend qu'il s'agit plus d'une rencontre entre une femme qui mène une vie aisée et un homme qui peine à trouver comment loger sa famille. Il s'agit de la rencontre de deux mondes très différents mais qui vont en lignes parallèles, et chacun de ces mondes ignore tout de l'autre.

Le portrait, caricatural à la limite, de ces deux personnes n'est en fait pas dû au hasard. Les "révolutionnaires" portent des slogans, manifestent et s'agitent à droite et à gauche dans le but de faire changer les choses. De leur côté, ceux qui vivent à l'écart de ces appels au changement ne s'en soucient pas. La seule chose qui leur importe c'est de continuer à exercer leurs métiers, et même s'il y a une chance d'effectuer un changement, il existe des contraintes très difficiles à dépasser qui les en empêchent. Il faut faire des sacrifices, et ces sacrifices doivent venir des deux côtés, chose pas du tout évidente à faire.

Après la Bataille traite de beaucoup de sujets à la fois. Des sujets très compliqués toujours liés à d'autres qui le sont encore plus ; mais il faut l'avouer, il sait comment manier les choses. Même si on a parfois l'impression que les événements sont bâclés, le film prend tout le temps nécessaire pour développer d'autres idées, et c'est justement là le problème. Ca aurait été mieux de se focaliser sur l'essentiel plutôt que d'essayer de développer telle ou telle voie qui n'apporte pas grand chose à l'intrigue dans son ensemble.
Il faut tout de même reconnaître la qualité des dialogues qui n'ont rien de ridicule comme on en a l'habitude avec les films égyptiens ; d'autant que les scènes d'action filmées dans des manifestations sont excellentes !

Certains diront que c'est trop tôt pour sortir un film centré sur la révolution en Egypte alors que le processus ne fait que commencer. Mais vu la tournure que prend cette "révolution", en Egypte ou ailleurs, il est plus que temps de le faire. Plutôt que d'attendre sagement, les bras croisés, l'aboutissement de cette "révolution", il faut agir, peu importe le moyen. Ca serait déjà mieux que d'assister à une déformation complète des événements, et de voir, comme d'habitude, les "vainqueurs" écrire leur propre version des faits.

8/10

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