Sunday, November 10, 2013

Wled Ammar

Wled Ammar (Génération Maudite) (Nasreddine Ben Maati, 2013, Tunisie)


Un documentaire qui relate les faits de ce qu'on appelle "la révolution tunisienne" du point de vue des cyber-activistes qui ont pris part à ces événements.

Le 17 décembre 2010 était une journée inoubliable pour la Tunisie. Ce fut le début des énormes vagues de protestation qui ont touché toutes les parties du pays et qui ont fini, directement ou indirectement, par obliger Zine El Abidine Ben Ali à quitter le pays. Ce documentaire relate les faits qui ont conduit à ce résultat, remontant jusqu'à la naissance de la cyber-dissidence avec Zouhair Yahyaoui, et allant jusqu'à nous montrer la résultante de tous ces événements.

À lire ceci on pourrait penser qu'il s'agit tout simplement d'un film de plus sur la "révolution tunisienne", mais Wled Ammar est bien plus que cela. On parle souvent du "rôle des jeunes dans la révolution tunisienne", mais concrètement, ce sont les vieux de 60, 70 et même 80 ans et plus qui se livrent des batailles sans merci sur le pouvoir. Ces mêmes vieux qui sont les responsables directs de l'état actuel et passé du pays sont toujours là à insister à nous enfoncer encore plus, à vouloir anéantir toute source d'espoir pour voir un vrai changement prendre place. Mais heureusement, ce documentaire nous montre qu'une autre voie est possible. La "vieille génération" qui n'avait pas confiance en sa jeunesse a pris une bonne gifle. En sortant protester contre la police armée, en postant des articles qui défient la censure sur internet, le message était clair : on en a marre de votre passivité, de votre peur, maintenant il faut agir, et ça sera sans vous, les vieux !

C'est à travers l'humour et la bonne humeur qu'on a la chance de revivre ces événements historiques. Et même si la situation actuelle du pays est désespérante, et c'est le prix à payer si nous ne voulons pas faire marche arrière, Wled Ammar nous transporte en arrière pour nous rappeler qu'un renouvellement est toujours possible. Nous avons l'opportunité de faire un voyage dans le temps, un temps où on revait encore d'une vraie révolution ; ce qui pourrait être une nouvelle source d'inspiration ou de motivation pour exiger plus et ne pas baisser les bras. Un changement radical est nécessaire et ce ne sont pas des élections qui vont rélger les problèmes du pays.

Ce fut un énorme plaisir de revoir toutes ces images et vidéos qui ont bouleversé l'espace virtuel tunisien pendant l'année 2010. J'ai également eu un sentiment de nostalgie en voyant ma tête sur la photo de l'opération T-Shirts Blancs du 22 mai. Il y avait beaucoup de détracteurs à l'époque qui ne faisaient même pas de la critique mais tout simplement du dénigrement gratuit ; je ne demande qu'à voir leurs têtes maintenant que les actions jugées futiles dans le temps ont fini par porter leurs fruits.

Wled Ammar reste à l'affiche jusqu'au 20 novembre prochain. Allez-y, nous ne serez pas déçus !

9/10

Saturday, November 2, 2013

The Hunt

The Hunt (Thomas Vinterberg, 2012, Danemark)


Lucas, enseignant dans un jardin d'enfants, voit sa vie bousculer lorsque l'une des enfants dont il est chargé décide d'émettre un mensonge.

C'est un accomplissement très difficile à réaliser que de peindre un concept comme la morale. Ou plutôt devrais-je dire comment remettre en question certaines valeurs pré-établies, et ce à travers un exemple concret et tout à fait réaliste. Aucun symbolisme à interpréter, pas d'expérimentation à se tordre le cou en essayant de suivre son chemin, on a ici une expérience brute, dure et extrêmement difficile à avaler.

Certaines tendances ou traditions sont souvent des lois non-écrites mais que tout le monde respecte à la lettre. Il y en a qui les respectent peut-être même plus qu'ils ne respectent leurs dieux. Ce sont carrément des tabous chez les peuples les plus "civilisés" au monde. L'innocence d'un enfant, par exemple. Même si l'éducation diffère de région en région, une limite est toujours marquée d'avance. Il y a des sujets sur lesquels un enfant ne peut pas mentir. Il lui est impossible de concevoir dans sa tête que telle chose puisse exister. Connaître ces choses peut avoir des effets dévastateurs sur l'enfant et sur son avenir. Faire voir à un esprit une chose qui le dépasse, face à laquelle il n'est pas encore prêt, cela peut le traumatiser à vie.

Mais assez parlé de choses évidentes. Ce que nous propose The Hunt est une vision très négative de l'être humain. L'enfant a besoin d'éducation et d'instruction parce que sinon il fera des dégâts. Si on le laisse faire à sa guise il détruira tout, y compris lui-même. Il faut donc le former, le guider, et c'est en adoptant cet apprentissage qu'il pourra commencer à parcourir le chemin de l'intégration avec la société. Plus la voie est obstruée, plus son intégration sera difficile. Il faut donc qu'elle soit bien tracée pour éviter toute chance de déviation. Et c'est ce qui arrive avec Klara, la petite fille qui a tout détruit dans la vie de son enseignant Lucas, par son "innocence". Elle reçoit ce qui doit être l'une des meilleures éducations dans le monde dans un environnement favorable, mais de simples querelles entre ses parents, aussi usuelles peuvent-elles paraître, sont suffisantes à la pousser à agir de manière totalement... insensée ? Mais qu'est ce qui est censé être "sensé" au juste dans le comportement d'un petit enfant ?

Klara a eu un certain choc qui l'a poussée à mentir. Quoi de plus normal que de voir un enfant mentir ? Mais le degré de mensonge chez l'enfant a des limites. Il y a des choses qu'il ne peut pas décrire. C'est tout son entourage, y compris ses parents, qui en est conscient. C'est une vérité générale. On en arrive même à la pousser à appliquer cette vérité peu importe sa véracité. Et ils font ça en "bonne foi". Ils la poussent carrément vers une direction dangereuse tant que cela ne sort pas des normes. On croirait presque qu'ils souhaitent l'authenticité de la chose, que les parents veulent vraiment voir leur fille subir une épreuve dévastatrice plutôt que de la voir mentir.

Des actes comme ceux décrits dans le film arrivent partout, mais il faut se demander pourquoi. Est-ce parce que c'est carrément devenu la norme qu'il faut toujours quelqu'un pour les suivre ? Et en cas de doute, faut-il éliminer ce doute en se basant sur ce qui se fait d'habitude ? Et si jamais on se trompait ? La foi défie toute logique, peu importe les conséquences. Le monde d'un individu, et le monde tout court, est détruit par "innocence" et en toute "bonne foi". L'insouciance de l'enfant face à cette destruction est alarmante. Et même quand c'est Klara elle-même qui avoue avoir menti, on préfère la faire taire et lui inculquer une nouvelle vérité qui arrange tout le monde.

La force du film réside dans le fait de montrer tout ceci, et encore plus, d'une façon très simple. À travers des dialogues totalement réels et des situations faciles à croire, l'impression de voir un film s'envole sans qu'on ne s'en aperçoive. Il s'agit maintenant de suivre le déroulement d'une histoire et la caméra n'est là que pour nous montrer l'essentiel. Ce qu'on voit à l'écran peut arriver à n'importe qui, n'importe où dans le monde. C'est la norme qui dicte ces événements et qui pousse même les adultes à forcer l'enfant à admettre des choses dont elle ignore l'existence.
Exercer le mal sans en être conscient, sans donner la chance à la vérité d'éclater, c'est peut-être la pire forme de "mal" qui puisse exister. Et notre monde est bâti sur ça.

10/10

Wednesday, October 16, 2013

After the Battle

After the Battle (Yousry Nasrallah, 2012, Egypte/France)


Mahmoud a fait partie des cavaliers qui ont envahi la Place Tahrir en Egypte le 2 février 2011. Il fait également partie de ceux qui n'ont pas pu mener à bien leur mission. Le voilà donc humilié dans son quartier où il fait la connaissance de Reem, une jeune femme d'un niveau social différent, séparée de son mari et pleine d'idées utopiques. Les répercussions de cette rencontre vont être assez bouleversantes.

Mettez de côté vos préjugés sur "le printemps arabe", ça serait totalement inutile, et ça pourrait carrément mettre un obstacle énorme dès le début. Après la Bataille nous propose des personnages qui possèdent leurs propres préjugés. C'est ensuite au spectateur de juger si ces figures fictives représentent bien la réalité. Le film n'est pas là pour nous donner des réponses, nous guider vers la bonne voie ou encore nous inculquer les valeurs révolutionnaires "idéales". Il se contente de nous montrer un certain point de vue très souvent délaissé par les médias.

Par exemple, les raisons qui ont poussé ces cavaliers à agir de la sorte. Rien à voir avec la stupidité, l'inconscience ou la méchanceté. Ce sont des personnes qui vivent grâce à leurs chevaux, leur seule source de revenus pour eux et leurs familles, et ils veulent que les choses restent ainsi. Il y a pourtant certains événements qui viennent à l'encontre de ce train de vie simple, aussi "petit" semble-t-il, et c'est dans l'une des scènes les plus poignantes du film qu'on apprend ceci.

De son côté, la jeune femme séparée de son mari et qui cherche le divorce, Reem, est pleine de rêves utopistes difficiles à réaliser. Sa séparation et l'environnement dans lequel elle vit la poussent à chercher à nouer un contact avec Mahmoud, le cavalier constamment humilié à cause de son échec ce fameux 2 février 2011. Mais petit à petit, on comprend qu'il s'agit plus d'une rencontre entre une femme qui mène une vie aisée et un homme qui peine à trouver comment loger sa famille. Il s'agit de la rencontre de deux mondes très différents mais qui vont en lignes parallèles, et chacun de ces mondes ignore tout de l'autre.

Le portrait, caricatural à la limite, de ces deux personnes n'est en fait pas dû au hasard. Les "révolutionnaires" portent des slogans, manifestent et s'agitent à droite et à gauche dans le but de faire changer les choses. De leur côté, ceux qui vivent à l'écart de ces appels au changement ne s'en soucient pas. La seule chose qui leur importe c'est de continuer à exercer leurs métiers, et même s'il y a une chance d'effectuer un changement, il existe des contraintes très difficiles à dépasser qui les en empêchent. Il faut faire des sacrifices, et ces sacrifices doivent venir des deux côtés, chose pas du tout évidente à faire.

Après la Bataille traite de beaucoup de sujets à la fois. Des sujets très compliqués toujours liés à d'autres qui le sont encore plus ; mais il faut l'avouer, il sait comment manier les choses. Même si on a parfois l'impression que les événements sont bâclés, le film prend tout le temps nécessaire pour développer d'autres idées, et c'est justement là le problème. Ca aurait été mieux de se focaliser sur l'essentiel plutôt que d'essayer de développer telle ou telle voie qui n'apporte pas grand chose à l'intrigue dans son ensemble.
Il faut tout de même reconnaître la qualité des dialogues qui n'ont rien de ridicule comme on en a l'habitude avec les films égyptiens ; d'autant que les scènes d'action filmées dans des manifestations sont excellentes !

Certains diront que c'est trop tôt pour sortir un film centré sur la révolution en Egypte alors que le processus ne fait que commencer. Mais vu la tournure que prend cette "révolution", en Egypte ou ailleurs, il est plus que temps de le faire. Plutôt que d'attendre sagement, les bras croisés, l'aboutissement de cette "révolution", il faut agir, peu importe le moyen. Ca serait déjà mieux que d'assister à une déformation complète des événements, et de voir, comme d'habitude, les "vainqueurs" écrire leur propre version des faits.

8/10

Sunday, October 6, 2013

Thrive

Thrive (Steve Gagné & Kimberly Carter Gamble, 2011, USA)


Un documentaire sur l'état actuel du monde. L'être humain est censé s'épanouir, mais il fait tout le contraire. Quelle est la cause ? Ou plutôt, qui est la cause ? Et comment s'en sortir ? C'est à ça qu'essaie de répondre ce film.

À première vue ce documentaire est une merveille. Ca parle des problèmes actuels dans le monde, de leurs causes, mais donne également des réponses et même des solutions ! Malgré la nature des sujets traités, il finit par nous remonter le moral et à nous remplir d'espoirs quant à un lendemain meilleur ! Mais à y voir de plus près ce n'est pas si utopique que ça.

Thrive est un très bon exemple sur comment la forme peut cacher les défauts d'un fond boiteux. La présentation est bien soignée, avec des animations bien faites et tout. La façon de parler de Foster Gamble qui ressemble à celle d'un gentil papa est appréciable. Le fait de proposer des solutions concrètes est admirable. Mais de quoi s'agit-il au juste ?

Le documentaire traite pendant une bonne partie de l'énergie libre. On nous parle de la théorie du Torus et comment elle présenterait la solution ultime à tous les problèmes de la terre qui sont directement liés à l'énergie. Ironiquement, c'est là que commencent les problèmes de ce documentaire. Foster a une manie à proposer des idées et, en se basant sur ses propres réflexions, à s'imaginer des résultats. Il se base ensuite sur ces résultats imaginaires pour bâtir son argumentation ; une argumentation généralement très faible mais qui essaie de se cacher derrière un certain effet de choc, histoire de gagner la sympathie du spectateur.
Logiquement, pour convaincre quelqu'un d'une idée, on laisse l'objectif pour la fin et on travaille au fur et à mesure pour atteindre cet objectif. Foster Gamble fait plutôt le chemin inverse. Du coup, sa théorie du Torus me parait encore plus insensée que l'existence d'extra-terrestres (dont on parle également ici).

Tout au long du visionnage j'avais l'impression d'assister à de la propagande quasi-religieuse, une impression qui se solidifie par la suite avec les "rôles" que peuvent occuper les supporters du Thrive Movement. Le fait de mettre côte à côte tel ou tel problème tout en baclant l'explication de la nature du lien qui les lie pourrait être exaspérant à la longue. C'est comme si le présentateur s'adressait à des enfants âgés de moins de 10 ans. Foster saute très souvent d'une conclusion à une autre sans prendre la peine de nous persuader de ses idées.

La même chose se répète encore et encore, notamment lorsqu'il commence à parler du Nouvel Ordre Mondial. C'est bien beau de nous dire que les Rotschild ou les Rockefeller sont derrière telle ou telle société ou établissement mondial (généralement avec des preuves) ; ce qui ne l'est pas par contre c'est le fait de tout lier ensemble et, surtout, de se baser encore une fois sur des suppositions totalement invérifiables et ensuite de proposer une argumentation basée sur l'incertain. Sauter d'un problème sérieux à un autre sans nous laisser le temps d'en saisir le sens est un très bon moyen de camoufler plein de défauts.

La dernière partie propose des solutions concrètes à la plupart des problèmes cités. Difficile à croire ? Pas vraiment. Ce sont des solutions qui peuvent se réaliser à petite échelle. Il faut quand même se mettre en tête que c'est impossible de résoudre les conflits dans le monde à travers un documentaire de deux heures. On nous propose donc d'aller visiter le site du Thrive Movement, ce que j'ai fait tout de suite après avoir vu ce documentaire pour la première fois. J'étais désagréablement surpris de voir "Watch THRIVE instantly for $5". Maintenant ils ont changé de mode, il est désormais possible de le voir gratuitement ou de faire un don au choix. Ils se sont rattrapés sur ce point-là.

Je recommande tout de même Thrive à tout le monde. Il pousse à réfléchir, peut-être même à prendre position et à agir. Il nous apprend pas mal de choses aussi. Il faut simplement savoir quoi en tirer et que faire des nombreuses informations qu'il fournit.


6.5/10

Sunday, September 15, 2013

Enter the Void

Enter the Void (Gaspar Noé, 2009, France/Allemagne/Italie/Canada)


Oscar, jeune américain vivant depuis peu à Tokyo, gagne sa vie en vendant de la drogue. Lors d'un deal qui va très mal, il est tué et son âme commence un voyage à travers l'espace et le temps...

La première fois que j'ai vu Enter the Void j'étais plutôt déçu. Après Carne/Seul Contre Tous et Irréversible, des claques impossibles à oublier, on s'attendrait à quelque chose d'encore plus poussé, tout en ayant un style différent. À lire l'intrigue sans rien savoir d'autre sur le film, on penserait que c'est tout à fait le cas ici. Seulement voilà, c'était assez long et lourd, et s'il y a quelque chose de choquant, ce n'est pas fait de façon directe comme dans les films précédents de Noé.

La première partie qui montre Oscar en train de tripper et de se préparer à aller faire son deal était très prometteuse. La caméra joue le rôle des yeux d'Oscar. On voit ce qu'il voit et on entend ce qu'il entend. Du coup, ce qui arrive pendant cette partie a un impact plus fort. On ne "voit" pas seulement le personnage agir, on "est" le personnage. On entend ce qu'il entend, voit ce qu'il voit (y compris ses hallucinations), et en plus on a droit à ses pensées en temps réel.
Tout le reste du film est constitué de scènes où la caméra ne fait que survoler certains événements qui tournent autour de la vie et de la mort d'Oscar. C'est fait d'une manière épatante. On a vraiment l'impression de voler par soi-même au-dessus des ruelles désertes de Tokyo ; et avec les lumières et les couleurs présentes de façon extravagante, on se croirait en train de rêver.

J'ai décidé de revoir le film en sachant à quoi m'attendre et en me préparant... psychologiquement, et cette fois j'étais émerveillé. C'est une tâche extrêmement difficile à réaliser que de faire vivre aux spectateurs une expérience de ce genre. Gaspar Noé a essayé de nous transmettre les sensations que vit une personne sous l'effet d'hallucinogènes. Il a essayé de nous transmettre ce qu'il a personnellement vécu en étant plus jeune, et bien plus encore.

C'est un véritable voyage sans limites auquel on est sujet. Le temps et l'espace n'existent plus. Il n'y a pas de murs qui peuvent stopper l'errance de l'âme d'Oscar. Il n'y a pas de frontières temporelles pour l'obliger à vivre le "présent". Du coup on assiste à tout. Les répercussions de la mort sur sa soeur en particulier, la mort elle-même d'un point de vue "extérieur", et les événements qui ont résulté en cette mort. Ces événements s'étendent jusqu'à son enfance où une autre catastrophe a déjà eu lieu.

Mais Oscar ne semble pas être prêt pour la mort. Après avoir eu connaissance du concept de la réincarnation chez les buddhistes, il semblerait que son âme ne soit pas encore résignée à partir. Peut-être qu'elle a été tellement imprégnée par l'idée qu'elle en a fait sa raison d'être, ou peut-être seulement que c'était une coïncidence ; mais dans tous les cas, Gaspar Noé nous a fait vivre la mort de ce point de vue en particulier. L'âme d'Oscar erre vraisemblablement sans but bien précis au début, mais petit à petit, son dessein commence à s'éclaircir. Et heureusement pour nous, on fait partie de ce voyage ; un voyage où on voit tout, où on entend tout et où on est presque capables de sentir tout ce que ressent une âme qui vient de quitter son hôte.
Le vide règne en plein coeur d'une ville plus que vivante. Et d'ailleurs c'est assez récurrent de voir en alternance deux actes totalement contradictoires : la mort, et la création de la vie.
Le style visuel extrêmement riche joue un rôle très important à peindre des images sublimes de ce qu'est "la création de la vie", contrairement à celles de la mort où il s'agit souvent de scènes qui frappent en pleine face sans avertissement. Le réalisateur nous force à revenir à la dure réalité de temps en temps, tout n'est pas beau et serein, même pas après la mort.

Il y a toutefois quelques petits soucis mais qui, heureusement, n'arrivent pas à gâcher cette expérience. La "promesse" faite durant le film est un peu forcée, qu'elle soit par sa réapparition çà et là ou par sa nature même qui est assez clichée. On essaie de nous pousser à nous attacher aux personnages alors qu'on n'en ressent pas vraiment le besoin.
La durée pourrait déranger certains, mais ce n'est plus un problème si on sait à quoi s'attendre et si on s'y prépare à l'avance. Le résultat est gratifiant.

Enter the Void est l'un des ces rares films qui ont réussi à m'entraîner dedans sans peine. Et même si je préfère voir Gaspar Noé revenir sur terre plutôt que de voler entre le monde des vivants et celui des morts, je reste curieux et impatient quant à la découverte de sa prochaine oeuvre. J'espère seulement qu'elle ne prendra pas aussi longtemps pour voir le jour.

10/10

Monday, April 30, 2012

Hors Satan

Hors Satan (Bruno Dumont, 2011, France)



Une fille s'attache à un étranger venu dans son petit village situé au nord de le France. Cet homme mystérieux semble posséder des dons surnaturels qui lui permettent de guérir, de tuer ou encore de ressusciter les morts...

Voilà enfin le dernier Bruno Dumont ! Ça ne va pas réjouir tout le monde, mais ce qui est sûr c'est qu'on en parlera beaucoup. Toujours dans le même style ultra-minimaliste et qui pose plus de questions qu'il ne donne de réponses, on peut dire que le côté expérimental est développé plus que d'habitude ici. Les longues scènes de marche silencieuse sont toujours là, à y ajouter le son des personnages qui respirent en temps réel. Absence de musique, de dialogues, d’évènements... on a droit à tout ça, mais en plus à un côté métaphysique qui ne facilite pas la compréhension de tout ce qu'on voit.

Il y a principalement deux personnages. La fille et l'étranger. Tous les deux n'ont pas de nom. On ne nous donne aucune information sur leur passé. On ne sait absolument rien sur eux. Et même si on commence à se faire une petite idée sur la fille en la voyant avec sa mère ou chez elle, l'étranger, lui, reste totalement impossible à cerner.

La relation entre les deux est bizarre. La fille semble très attachée à cet ermite, tandis que ce dernier n'a même pas envie d'elle sexuellement. Alors qu'il n'hésite pas à "baiser" (et c'est le terme utilisé) une autre fille qu'il a rencontré par hasard. Il est pourtant là pour aider la première : lorsque quelqu'un l'embête, il n'hésite pas à lui pulvériser la tête ou à le tuer de sang froid pour la débarrasser de ses soucis. Et là une question se pose : cet homme représente vraisemblablement le bien, mais dans ce cas, quelle sorte de "bien" nécessite-t-il de faire du "mal" pour qu'il soit accompli ? L'homme semble ne pas avoir de morale. Il ne semble avoir aucune sorte d'émotion d'ailleurs. C'est comme si tout ce qu'il faisait n'est que de la routine. Et pourtant les répercussions de ses actes sont énormes pour ceux qui l'entourent.

À première vue, le thème central traité dans Hors Satan est la relation entre le bien et le mal. Mais le problème c'est qu'il est difficile de les dissocier. Ce que fait l'homme a des fins qui sont "bonnes", mais ses méthodes ne semblent pas du tout l'être. Est-ce pour dire que c'est le cas dans notre monde actuel ? Est-ce pour dire que c'est ce que nous faisons tous les jours ? Faire le "bien" à travers le "mal", la fin qui justifie les moyens. Faire la guerre pour établir la paix... pas très facile à affirmer, mais ça semble aller dans cette idée.

On nous montre à plusieurs reprises les personnages, et l'homme en particulier, en train de fixer quelque chose, au loin, mais sans toujours nous la montrer. L'accent est plutôt mis sur son regard. Généralement c'est face à la nature qu'ils s’assoient tous les deux, parfois pour faire des prières dont on ignore la destination, parfois juste pour la contempler en silence. Et là d'autres questions se posent : malgré les nombreuses références au christianisme (résurrection, marcher sur l'eau), l'homme est loin de représenter le Christ... ou du moins pas tel qu'on le connait. On dirait plutôt que cet homme est un prophète de la nature. Il ne se soucie pas trop des humains et semble être profondément attaché à la nature. C'est là qu'il passe tout son temps. C'est là qu'il mène ses prières, c'est là qu'il dort et mange, et c'est aussi là qu'il réalise la plupart de ses miracles.

La fille, toujours vêtue de noir, lui apporte de la nourriture, alors qu'elle demande tout le temps des cigarettes de sa part. Elle lui donne du "bien" et lui demande du "mal". Comme quelqu'un qui prierait un dieu quelconque, lui offrant des choses pour gagner sa sympathie, mais n'ayant que des ennuis, sur le long terme, en retour.

Il n'y a pas de poésie ici. Il n'y a pas de beauté, hormis celle des paysages pas encore souillés par la civilisation. C'est un film moche, d'un certain point de vue, comme les autres films du réalisateur. Même en montrant le "bien", il le fait d'une façon un peu horrible. Une bonne partie des dialogues se compose de termes négatifs. Le sexe "mécanique", laid et répugnant, est toujours là. Le village est quasiment désert, presque mort. Le peu de villageois qu'on voit ont l'air d'être tout le temps exténués, et j'en passe...

J'aurais tout de même aimé voir un peu plus d'éléments qui permettraient de nous donner une meilleure idée sur ce qui se passe vraiment. En s'aventurant plus que d'habitude dans l'avant-gardisme, on se trouve totalement perdus. Même si je considère Hors Satan une belle réussite, je préfère quand même voir Bruno Dumont revenir un peu plus... sur terre.

8/10

Friday, April 27, 2012

Drive

Drive (Nicolas Winding Refn, 2011, USA)




Un cascadeur, qui travaille dans un garage et qui est doué dans la conduite de voitures, est impliqué dans une affaire dangereuse lorsque le mari de sa voisine qu'il apprécie sort de prison.

Je n'aurais pas vu ce film s'il nétait pas réalisé par Nicolas Winding Refn. L'intrigue me semblait assez usuelle des films d'action hollywoodiens et j'étais quasiment sûr de ne rien trouver d'extraordinaire dans Drive. Et c'était plus ou moins le cas.

D'un autre côté, j'avais peur, quelque part, de voir Refn "s'américaniser" un peu trop avec Drive. Certes son style a énormément changé depuis le premier Pusher, connaissant des hauts (Valhalla Rising) et des bas (Fear X), mais pourquoi aller vers un chemin plus conventionnel qui a déjà été exploité à plusieurs reprises par le passé ? Il semble que la réponse soit l'argent. Il a toujours eu des difficultés à financer ses films, et ça serait donc logique de le voir tourner des films qui touchent plus de monde. La bonne nouvelle c'est que Drive poussera peut-être pas mal de spectateurs à découvrir ses vieux joyaux.

Maintenant, pourquoi je n'ai pas vraiment aimé ce film ? Il y a une cause en particulier : Ryan Gosling. Je ne prétends pas connaître l'acteur, mais je trouve qu'il n'est pas du tout en harmonie avec le rôle qu'il joue. C'est surtout du à son apparence de jeune homme un peu trop... "beau", d'autant que, de temps en temps, il a un certain regard assez na£if, voire même stupide, qui ne colle pas du tout. De plus, le personnage qu'il joue semble tout droit tiré d'un manga, alors que le reste des personnages, et du film en tout, n'a rien à voir avec.

L'homme silencieux qui parle peu ou pas du tout, qui agit plus qu'il ne prononce de mots, qui s'en sort des problèmes les plus difficiles avec une certaine aisance, et qui n'a même pas peur d'affronter les plus dangereux des criminels de la ville... tout ceci est assez contradictoire avec le reste qui est plus terre à terre.
Le héro solitaire qui agit pour le bien malgré ses tendances criminelles, on en voit tout le temps chez les japonais, sauf que c'est plus efficace chez eux qu'ici. En essayant de faire du chauffeur quelqu'un de parfait, tout tombe à l'eau.

Je ne comprends pas les avis qualifiant le film de "meilleur film sorti en 2011". C'est, tout au plus, un film moyen qui aurait pu être tellement mieux avec un personnage principal différent (pas seulement au niveau de l'acteur). Les scènes d'action sont bien orchestrées, captivantes et pas trop exagérées ; tandis que les moments les plus calmes nous présentent très bien les personnages et les relations qui les lient les uns aux autres. On comprend qu'ils sont très "humains". Même le mari de la voisine m'a surpris. Je m'attendais à le voir agir autrement à sa sortie de prison.

Mais voilà, en mettant en premier plan un personnage raté, c'est le film en sa totalité qui est raté...


5/10

Friday, March 16, 2012

Melancholia

Melancholia (Lars von Trier, 2011, Danemark/Suède/France/Allemagne)



Justine, souffrant d'une dépression profonde, a du mal à garder la forme le jour de son mariage. Entre temps, sa soeur Claire est préoccupée par le passage d'une planète nommé Melancholia près de la terre quelque temps plus tard. Elle craint une collusion entre les deux...

Jamais la fin du monde n'a été dépeinte d'une façon aussi merveilleuse. C'est comme si "la fin" devrait réellement être quelque chose de spectaculaire. Comme si la dépression était quelque chose de beau. Ou peut-être qu'on pourrait déprimer à cause de notre incapacité à voir la beauté des choses qui nous entourent ; ou encore parce qu'on perçoit les choses sous leur vraie nature alors qu'on se donne l'impression qu'elles sont belles... peu importe, je ne vais pas m'aventurer à essayer d'expliquer le film. C'est trop difficile à faire et chacun pourrait y voir quelque chose de totalement différent.

Lars von Trier frappe fort de nouveau. Mais cette fois ce n'est pas l'effet choc qui en est la cause, mais plutôt la splendeur et la beauté, au risque de me répéter. L'intro façon Antichrist, avec de la musique classique et des images au ralenti, est encore une fois une merveille à part. Et ce n'est qu'un début ! La suite, composée de deux parties, ne manque pas d'élégance.
Dans la première, c'est Justine qui est la figure principale. Un mariage de rêve pour certains. Une fête bien organisée où tout est là pour plaire à la mariée. Mais quelque chose ne va pas bien. Elle fait semblant d'être heureuse alors qu'elle ne l'est pas. Pourquoi ? On ne nous le dit pas, ou du moins pas de façon directe.
Dans la deuxième, sa soeur Claire prend sa place. Elle semblait forte au début, mais on se rend compte qu'elle est encore plus fragile que Justine. Son angoisse d'une éventuelle collision avec cette planète mystérieuse la rend très nerveuse. Sa soeur est sereine et au lieu d'essayer de la calmer à son tour, elle fait le contraire. "Sometimes I hate you so much Justine", lui répond plus d'une fois Claire. Comme quoi, la haine est un élément essentiel de la vie. C'est peut-être pour cette raison que Justine souhaite voir le monde disparaître...
Ce qui est sûr c'est que ce film ne risque pas de disparaître de sitôt.

9/10

Saturday, March 10, 2012

Le Scaphandre et le Papillon

Le Scaphandre et le Papillon (Julian Schnabel, 2007 ,France/USA)



L'histoire vraie de Jean-Dominique Bauby atteint du locked-in syndrome où, tou en étant conscient, il n'est capable de communiquer avec le monde extérieur qu'avec la paupière gauche.

J'ai lu le livre juste pour voir ce que ça donne, vu la situation de l'auteur. De ce point de vue, c'est plutôt intéressant à lire. Quelqu'un qui ne communique avec le monde extérieur qu'avec une seule paupière devrait certainement avoir beaucoup de choses à dire. Être enfermé dans son propre corps tou en étant totalement conscient, c'est pire que l'enfer pour certains !

Mais j'avoue que le livre m'a un peu déçu. Peut-être parce que je m'attendais à un récit plus sombre ou moins gai, mais le fait de parler de certains de ses souvenirs et surtout, le fait de "rêver" d'aller d'endroit un autre, de faire ceci ou cela, ne m'ont pas trop accroché. C'était sa seule échappatoire face à la condition qu'il vivait, mais je ne pense pas que cela aurait été suffisant si j'étais à sa place.

Le film est plus intéressant du fait qu'au début, surtout, on est carrément Jean-Dominique Bauby, l'auteur du livre. La caméra joue le rôle de son seul oeil qui fonctionne, et on entend en temps réel ses réflexions et ses remarques. La découverte de sa condition, les dialogues des docteurs et des infirmières, les visites de ses proches... le choc est immense. Et le pire c'est qu'il ne peut même pas mettre fin à sa propre vie pour échapper à cette torture.

Par la suite l'intérêt est quelque part perdu. On a droit à des extraits du livre ou des situation décrites dans le livre. La caméra n'est plus l'oeil de Jean-Do, comme on l'appelle, et on se contente de nous montrer comment sa vie est menée jusqu'à la parution de son oeuvre.

7/10

Monday, March 5, 2012

Dogtooth

Dogtooth (Giorgos Lanthimos, 2009, Grèce)



Deux filles et leur frère vivent en isolation totale dans leur maison par rapport au monde extérieur. Leurs parents leur ont régi des règles strictes qui leurs permettent de survivre vis-à-vis des dangers qui les guettent de l'autre côté des murs de leur demeure.

Sans trop connaître le contenu du film, je ne pouvais pas m'empêcher de me poser la question "qu'est ce que c'est que cette famille d'attardés mentaux ?" pendant les quelques premières minutes. Petit à petit, je commenaçais à comprendre l'horrible vérité...

Cette horrible vérité n'est autre qu'une métaphore de ce qui se passe un peu partout au monde, en fin de compte. On pourrait trouver ce film laid, violent, lourd, absurde et lent, mais est-ce vraiment trop différent de ce qu'on vit tous les jours ?

On pourrait facilement penser à la Corée du Nord en assistant à la vie bizarre que mène cette famille. Mais on peut y aller encore plus loin. Les parents cachent la vérité à leurs enfants, mentent, changent carrément le sens de certains mots, et dans quel but ? Les "préserver des dangers extérieurs", exactement comme n'importe quel Etat qui veut faire de son peuple un beau troupeau de moutons. Et lorsque l'un des enfants de cette famille enfreint l'une ou l'autre règle, et malgré le fait que le père sait que l'enfant en question n'a pas tort, il le punit quand même. La censure justifie la répression et on ne peut rien y faire.

Mais l'espoir existe. La moindre lueur fait naître des idées folles dans la tête des réprimés. L'appel de la liberté est plus fort que la tyrannie, il faut juste saisir l'occasion lorsqu'elle se présente...

9/10